Le 4 mai 2020, les Togolais en général et les Nawdba en particulier étaient sous le choc en apprenant par les médias, de la façon la plus brutale, l’assassinat du colonel Toussaint Bitala Madjoulba, celui qui, quelques heures plus tôt avait assisté à l’investiture du Président Faure Gnassingbé. Ils vivaient ainsi une très vaste gamme d’émotions des plus douloureuses et des plus traumatisantes. Ils vivaient la grande anxiété se traduisant de très multiples façons telles que l’angoisse, l’appréhension, l’effroi, l’inquiétude, la peur, la crainte, la frayeur, la panique et l’hostilité se traduisant par la colère, la rage, l’impatience, l’irritation l’agressivité et même la haine pouvant se traduire par le désir de vengeance. 

Le colonel Toussaint Bitala Madjoulba était commandant du Bataillon d’Intervention rapide (BIR), l’ancienne Force d’Intervention Rapide (FIR), avec environ 6.000 hommes sous son commandement. Avant ce haut poste de haut gradé dans l’armée togolaise, le colonel Toussaint Bitala Madjoulba avait aussi commandé la première région militaire du Togo, la zone stratégique du pays. Le colonel Toussaint Bitala Madjoulba était un homme très affable et fut un fidèle serviteur du Chef de l’État. La façon dont il a été sauvagement assassiné et aussi le silence sépulcral de celui qu’il avait tant servi avec dévouement et fidélité, expliquent aisément toutes ces émotions et tous ces sentiments. Non seulement le chef de l’état n’avait pas daigné annoncer l’assassinat de son fidèle serviteur, mais il lui trouva un remplaçant dès le lendemain de cet horrible crime.

Ce n’est que bien des jours plus tard que le chef de l’état avait daigné sortir de son mutisme pour promettre au peuple togolais qu’une enquête était ouverte et a été confiée à un comité d’enquêteurs pour faire toute la lumière sur ce crapuleux assassinat. Cette sortie du chef de l’État n’avait rien de convainquant, rien pour calmer les Togolais en général et les Nawdba en particulier, dont la colère restait bien palpable et allait crescendo. Tellement de questions sans réponses restaient posées.

Les Togolais se demandaient ce qu’on pouvait attendre d’un tel comité et des dites enquêtes. Une délégation spéciale composée de plusieurs notables de Doufelgou avait été dépêchée dans cette préfecture pour appeler au calme les Nawdba qui manifestaient pacifiquement. Alors les Nawdba se demandaient si accepter d’attendre calmement, paisiblement et sagement l’aboutissement des enquêtes, ne risquait pas d’être une démission devant leurs obligations et leur devoir de respect de la sacralité de la vie humaine?  Nul ne savait quand on prévoyait faire aboutir ces enquêtes. Aucun mécanisme ne semblait mis en place pour suivre les progrès de ces enquêtes, pour que le peuple togolais reste informé. Nul ne savait non plus combien de temps avait été accordé au comité d’enquêteurs pour produire le résultat de ces enquêtes. Toutes ces inconnues laissaient perplexes les Togolais en général et plus particulièrement les Nawdba qui se demandaient s’ils avaient des raisons valables de douter que de telles enquêtes puissent aboutir. Et si ces enquêtes n’aboutissaient pas, qu’est-ce qu’ils allaient faire pour pouvoir se regarder dans un miroir en étant satisfaits d’avoir fait œuvre utile ?

Plus le temps passait, plus les inquiétudes des Togolais en général et des Nawdba plus particulièrement semblaient se justifier. En effet, après deux mois de cet assassinat crapuleux, on était alors le 2 juillet 2020, le chef de l’État gardait toujours le silence. On apprenait alors à travers les branches, que le frère de la victime, le colonel Calixte Batossie Madjoulba était ajouté au comité d’enquêteurs. Donc, rien vraiment pour calmer les Nawdba et ôter leurs sérieux doutes : que venait faire le frère de la victime dans le comité des enquêtes déjà peu fiable? Ils étaient certainement nombreux les Nawdba qui se demandaient si cet ajout du frère de la victime n’avait pas pour objectif de le contraindre au silence.

Nous approchions les six mois de cet horrible et ignominieux assassinat! Nous étions le 30 octobre 2020! Toujours pas de véritables suites sur les enquêtes prétendument diligentées! Toujours le silence du chef suprême des armées! La colère du peuple nawda était loin de faiblir, au contraire elle continuait à monter crescendo. Il devenait évident
qu’on ne pouvait rien attendre du prétendu comité des enquêtes, du moment que les autorités venaient d’appeler la France à la rescousse. Comment ne pas penser que cela n’allait servir qu’à noyer le poisson dans l’eau pour couvrir le(s) probable(s) assassin(s) ?

Nous sommes maintenant fin février 2022, à deux mois du deuxième triste anniversaire de cet ignominieux assassinat! Il devient de plus en plus évident que l’on pourrait nous fabriquer de faux résultats d’enquête comme cela semble se dessiner ? Ou bien on compte que les Togolais vont oublier, comme toujours ! À quand l’aboutissement des enquêtes ? Quand aurons-nous les résultats ?  Notre digne fils Nawda et du Togo n’a pas encore eu droit à un enterrement digne de son rang et selon les rites de ses ancêtres nawda, comme si quelqu’un voulait lui refuser l’au-delà. Quand remettra-t-on à Doufelgou la dépouille de son fils pour des obsèques selon les rites nawda ?

Qui ne veut pas que notre très regretté frère Toussaint Bitala Madjoulba rejoigne ses ancêtres ? Qui veut priver Toussaint Bitala Madjoulba de cette inhumation qui lui permettrait le contact nécessaire avec les siens ? Qui refuse à Toussaint Bitala Madjoulba ces funérailles qui permettraient aux siens survivants de faire leur nécessaire deuil et pouvoir rester en relation avec lui ? Allons-nousvraimentlaisser ces enquêtes rester sans lendemain comme toutes les autres l’ont été avant elles, perpétuant ainsi l’impunité telle que nous la connaissons dans notre pays bien aimé le Togo ? N’est-il pas grand temps de sortir de ce tourbillon infernal qui plombe notre pays ?

Le Dr. Isidore Wasungu
Le Dr. Isidore Wasungu

Le 23 fevrier 2022