Teelba Nawdba et Peuple Togolais, Agoooh !

Recevez nos salutations fraternelles.

Nous sommes 200 000 personnes au Togo et 8000 personnes au Ghana voisin à avoir le patrimoine Nawda en commun. Aujourd’hui, c’est ce patrimoine commun qui est mis en péril. Nous, Nawdba, perdons progressivement le sens du vivre ensemble, le sens du respect de nos valeurs cardinales notamment la solidarité et le sens du bien commun au service de tous.

L’assassinat du Colonel Madjoulba Toussaint a ravivé en nous le décès brumeux d’un certain BARARMNA Koulina Koumbogra Benoit dit « BaKouliKoumbo » en août 1990, que nous ne cesserons de pleurer. Cet autre digne fils Nawda, qui, après ses brillantes études de journalisme à Yaoundé au Cameroun et très en avance sur son temps, travaillait en honnête citoyen à Radio Lomé. Il fut victime d’un crapuleux accident non élucidé jusqu’à ce jour. Voyez-vous le rapport? Certainement pas! Comme Bakoulikoumbo, Toussaint Madjoulba fit sa formation d’officier au Cameroun. Et aussi comme Bakoulikoumbo, le Colonel Bataba Ganda Soklema a aussi perdu sa vie dans un mystérieux accident de voiture de mission dans lequel lui seul trouva la mort, ce, deux mois après l’assassinat de Toussaint Madjoulba.

Comment comprendre que 20 mois après son assassinat, Toussaint Madjoulba reste encore un défunt non ancestralisé ? Non seulement son décès a été précipité mais il lui est aussi refusé de retrouver ses ancêtres et aussi tout contact avec les siens encore vivants par sa non-inhumation. En outre, il est formellement interdit à ses parents de le pleurer. En pays Nawda comme dans toute contrée d’Afrique et d’ailleurs, les funérailles de tout individu après sa mort font partie des rituels permettant aux survivants de garder une relation apaisée avec le défunt. Dans ce cas précis, Toussaint a des enfants qui ont besoin de faire le deuil du décès de leur père.

Il y a lieu de se demander où sont nos cadres Nawdba qui étaient à Siou en mai 2020 pour démobiliser les populations, vieux et jeunes, qui ne réclamaient que le corps de Toussaint Madjoulba pour des funérailles dignes ? Mieux, où sont les soi-disant sages ou personnes ressources Nawdba, nommément Messieurs Noël Koutera Bataka, Gilbert Badjilembayena Bawara et Calixte Botossie Madjoulba ?

Le peuple Nawda vous demande des comptes sur la mort et le maintien en otage du corps de Toussaint Madjoulba jusqu’à ce jour. Tout comme vous vous étiez réunis le 14 mai 2020 pour trouver des stratégies pour apaiser nos populations qui ne réclamaient que le corps de Toussaint, retrouvez-vous aussi pour trouver des stratégies pour nous rendre le corps de Toussaint.

Nous venons vous prier d’user de vos accointances avec ceux qui retiendraient le corps de Toussaint, car vous en avez les moyens et la capacité. Prenez vos responsabilités et ramenez Toussaint à la maison.

Vous pouvez choisir d’ignorer notre demande que vous-mêmes savez légitime et humaine, car tout défunt mérite une sépulture digne. Le choix d’ignorer signifierait aussi que vous avez choisi de servir ceux qui vous donnent à manger au détriment de ceux qui vous ont donné la vie. Les aspirations du peuple Nawda et des Togolais dans leur ensemble, sont des aspirations totales à la dignité, à la liberté et à la prospérité.

Ensemble pour un enterrement digne, en bonne et due forme pour Toussaint Madjoulba!

Nous vous prions d’accepter nos salutations fraternelles.

Le 10 janvier 2022

Dr. Isidore Wasungu