François-Xavier Verschave

La dernière trouvaille politique de la Françafrique est le concept de “démocratie apaisée”. Une expression qui fait florès, jusque dans la bouche de nos ambassadeurs et que le journaliste Camérounais Pius Njawé a fort bien décryptée. 

On dit aux présidents en place : «Organisez le scrutin présidentiel, gagnez-le par n’importe quel moyen (y compris les truquages éhontés, pour lesquels nous disposons d’experts parfaitement rodés), laissez montez (un peu) la contestation, puis proposez le “dialogue” à l’opposition. Conviez-la à la table du pouvoir, où vous lui laisserez des miettes. Si la pression est trop forte, vous pouvez proposer des élections législatives ou locales concertées – jusqu’à un à un certain point. Certes, vous risquez d’avoir un parlement ou des collectivités locales un peu turbulents. Mais rassurez-vous : les constitutions rédigées par des experts français ont pris bien soin de laisser au Président l’essentiel, sinon la quasi totalité, des pouvoirs effectifs… La mise en scène de la concertation donnera de vous l’image d’une autorité pacifiante, vous serez légitimé comme par magie. Tout le monde, sauf quelques aigris, oubliera les conditions de votre réélection. Trinquons déjà à ce nouveau mandat!»

Depuis 1997, le scénario s’est répété au Cameroun, au Togo, au Gabon, en Guinée, à Djibouti. Il passe mal mais tant pis : la Françafrique continue de soutenir les démocratures ainsi prolongées. Jusqu’à ce qu’explosions s’ensuivent ? Obstruer le chemin des urnes, n’est-ce pas tracer celui des armes ?

Les Français financent ce processus avec leurs impôts, au titre de la coopération à «la construction d’un État de droit». Ils ont le droit de comprendre comment cette duperie instituée multiplie les ressentiments francophobes.  

«Il faut bien que les dictateurs gagnent les élections, sinon ils n’en feront plus!» Jacques Chirac, interrogé hors micro sur l’évolution démcratique du continent africain. Propos cités par le Canard enchaîné du 28/07/1999  

Extrait de :

Noir silence. Qui arrêtera la Françafrique ?

François-Xavier Verschave

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