Processus «Vérité, Justice et Réconciliation» :
Me Dovi Ahlonko, ancien Pdt de la CNDH :
«Avant
toute réconciliation, les offenseurs doivent prendre conscience des actes qu’ils
ont posés»
« Les auteurs d’actes de violence ayant fait des victimes doivent eux-mêmes
les reconnaître et prendre conscience du mal qu’ils ont causé », estime Me
Dovi Ahlonko, ancien président de la CNDH (Commission Nationale des Droits de
l’Homme). Selon lui, c’est la seule condition qui peut baliser la voie à une
véritable réconciliation au Togo. Ces déclarations ont été faites au cours d’une
sortie médiatique le dimanche 27 juillet dernier.
Pour Me Ahlonko,
la réconciliation tant souhaitée ne peut être effective si elle n’obéit pas à
certains principes de base. Et l’un des principes fondamentaux à son avis, c’est
que les auteurs et commanditaires des actes ayant entraîné des pertes en vies
humaines ou des violations massives de droit de l’homme se reconnaissent comme
tels. « Si aujourd’hui les offenseurs reconnaissent vraiment qu’ils ont
offensé, pourquoi n’y aurait-il pas de réconciliation ? », s’est-il
interrogé. Par ailleurs, a souligné Me Dovi Ahlonko, ce n’est pour rien que dans
un tel processus, les termes «Vérité» et «Justice» sont importants et
prioritaires. Car, aucune réconciliation n’est possible si la lumière n’est pas
faite sur les événements douloureux qui se sont déroulés et l’identification de
leurs auteurs.
Un point de vue
que partage Sidiki Kaba, ancien président de la FIDH (Fédération Internationale
des ligues des Droits de l’Homme) et actuel président d’honneur de
l’organisation. Selon lui, la réconciliation n’exclut ni la vérité ni la
justice. Et partout où a été instaurée une commission «Vérité, Justice et
Réconciliation», a-t-il souligné, sa finalité a été de pouvoir mettre face à
face les victimes et leurs bourreaux de manière à ce que ces derniers soient
pardonnés ou que, dans le cadre de crime de sang, que les bourreaux rendent
compte de leurs actes devant la justice.
Et pour la
réussite du processus, Me Ahlonko en appelle non seulement à la volonté
politique des dirigeants pour le conduire jusqu’au bout, mais aussi à la société
civile qui doit y jouer un rôle déterminant. « Je suis convaincu que tous les
Togolais voudraient se réconcilier. D’ailleurs, ils ont intérêt à le faire. Mais
encore faut-il que les règles du jeu soient claires et honnêtes. La
question est de savoir si les offenseurs sont prêts à reconnaître leurs fautes.
Si oui, allons vers cette réconciliation. Si non, rien n’est encore fait pour y
arriver », a-t-il conclu.
Le processus
« Vérité, Justice et Réconciliation », il faut le rappeler, a pour but de
rétablir la vérité et de faire valoir une justice équitable afin de solder le
passé du Togo fait d’actes de violence sous toutes ses formes. Proposé par l’APG
(Accord politique global), il s’inscrit dans l’engagement pris par les autorités
togolaises et les partis signataires de cet accord pour faciliter le pardon et
la réconciliation, lutter contre l’impunité et renforcer l’unité nationale dans
le pays.
Rodolph Tomegah
Session du conseil national du dialogue social :
Des polémiques sur l’évaluation de la mise en œuvre des engagements
Ce qui reste à faire est encore plus important que ce qui est fait. C’est en ces
termes que peut se résumer l’évaluation que le CNDS (Conseil national du
dialogue social) a faite de la mise en œuvre des engagements pris lors du
dialogue social tripartite en mai 2006. Ce Conseil mis en place pour le suivi de
l’application de l’accord social a clôturé les travaux de sa première session de
l’année 2008 lundi dernier. Mais déjà, des divergences de point de vue se font
entendre sur cette évaluation et une centrale syndicale, la CGCT (Confédération
générale des cadres du Togo) tient une conférence de presse aujourd’hui mercredi
pour éclairer le peuple.
Deux engagements des accords tripartites ont essentiellement retenu l’attention
des participants aux derniers travaux de la première session du CNDS. D’après
les sources officielles, « il s’agit des engagements relatifs aux prix des
produits pétroliers et à la revalorisation du SMIG (Salaire minimum
interprofessionnel garanti) et du SMAG (salaire minimum agricole garanti) ».
Le Conseil a donc examiné les difficultés liées à la hausse constante du prix du
baril de pétrole sur le marché international et exploré les voies et moyens à
proposer au gouvernement pour lui permettre de prendre des décisions idoines.
Sur la question
du SMIG et celle du SMAG, le conseil a été informé qu’une étude recommandée par
le gouvernement est en cours pour définir les bases sur lesquelles ces salaires
peuvent être revus à la hausse. « Mais en attendant, le gouvernement entend
voir dans quelles mesures il peut relever les salaires des travailleurs ».
En outre, le conseil aurait pris note de l’exécution de certains engagements
notamment la régularité des salaires, l’apurement des arriérés de salaires et
de pension, l’intégration progressive des temporaires dans la fonction publique.
Ainsi, « le CNDS a encouragé le gouvernement pour ces efforts réalisés dans
la mise en œuvre des engagements et l’a exhorté à continuer dans ce sens ».
Ces
encouragements adressés au gouvernement ne sont pas toutefois partagés par tous
les acteurs. Pour ce faire, la CGCT, au cours d’une conférence de presse qu’elle
anime cet après-midi, va réagir sur le sujet et faire connaître ses points de
vue.
Pour nombre de
Togolais, l’heure n’est pas à jeter des fleurs au gouvernement car, les
engagements importants qui soulageront les peines des populations peinent
toujours à être mis en application. Il s’agit entre autres de la revalorisation
des salaires et de la revue à la hausse du SMIG et du SMAG. Pour ce dernier
point, les études lancées par le gouvernement n’ayant pas encore livré leurs
résultats, cela implique qu’aucune décision ne peut être prise dans l’immédiat
pour atténuer la crise de la vie chère. De plus, les engagements ayant été pris
à une époque où le phénomène de la vie chère n’avait pas encore atteint le degré
actuel, il faudra réadapter plusieurs des engagements à la situation présente.
« Si le CNDS avait été actif aux lendemains de la signature des accords
tripartites comme prévue et les engagements mis en application par le
gouvernement, les travailleurs auraient mieux affronté la crise », a estimé
un syndicaliste.
A la suite des
travaux du conseil lundi dernier, il ressort que le gouvernement «attend de
voir dans quelles mesures il peut revoir les salaires à la hausse » ; c’est
dire que les travailleurs togolais devront encore supporter la flambée des prix
avec leurs « maigres salaires » habituels pendant plusieurs mois. Une
situation qui fait dire à certains observateurs que la stratégie des autorités
togolaises consistant à créer des commissions de réflexion sur des problèmes
brûlants pour gagner du temps, est toujours de mise.
En effet, dès le
début de cette année, quand les prix des produits de première nécessité ont subi
une hausse, le gouvernement a interdit tout mouvement de soulèvement populaire
et a mis en place un comité ad hoc contre la vie chère. Les propositions de ce
cadre de discussion des différents acteurs sociaux, mis en place en mai dernier,
devront être mises en application dans les deux mois qui ont suivi. Aujourd’hui,
trois mois plus tard, aucune des propositions n’a été mise en application, alors
que les prix continuent de flamber. De plus, le gouvernement sort de ce cadre et
a procédé à l’augmentation unilatéralement du prix du ciment. Situation décriée
par les syndicats et les populations. La hausse des prix des carburants à la
pompe et celle du prix du kilowattheure du courant électrique est également
annoncée pour les jours à venir.
Des faits qui
font croire que la crise est loin d’être allégée pour les Togolais.
Sedjrawodo A. Adry
Inondations dans les régions Maritime et Plateaux :
Un mort, 7 ponts effondrés et plusieurs villages sous les eaux
Une personne emportée par les eaux a été retrouvée morte à Yométchin, localité
située à une dizaine de kilomètres à l’Est de Kévé, chef-lieu de la préfecture
de l’Avé. Dans les préfectures de Zio, Yoto, Vo et Avé, plusieurs villages sont
sous les eaux et leurs habitants réfugiés sur les arbres. Sur les axes routiers,
7 ponts ont été emportés et des voies de chemin de fer endommagées.
Populations affamées, cases écroulées, champs inondés matériels de travail et
des biens emportés. C’est le spectacle de désolation laissé par les pluies
diluviennes qui se sont abattues sur la partie méridionale du Togo ces derniers
jours. Après le pont sur le ‘‘Haho’’ au niveau d’Amakpapé qui a cédé le dimanche
dernier, ce sont plusieurs villages, champs et infrastructures routières et
ferroviaires qui ont fais les frais de la furie des eaux lundi dernier et hier
mardi. A Bolou Agomenou localité située au Nord de Tsévié, les populations sont
isolées du reste du monde.
En tout, 7 ponts
ont cédé sur les axes routiers entre autres sur les tronçons Hahotoé-Kpémé ;
Tsévié-Tabligbo et Tsévié-Kévé. Non loin de Lomé la capitale, les eaux ont
envahi les populations de Togblékopé et Tsikplonou-kopé. Dans ces deux villages,
les populations ont été surprises par les eaux alors même qu’il ne pleuvait pas.
La nationale N° 1 est submergée d’eau de part et d’autre sur de longues
distances et précisément au niveau du pont sur le cours d’eau ‘‘Zio’’. Elle est
actuellement impraticable entre Lomé et Tsévié.
Vers un état
d’urgence ?
L’ampleur de ces
inondations et leurs étendues géographiques au fil des jours suscitent beaucoup
d’inquiétudes pour nombre de Togolais. Au regard du dernier bilan des
précédentes inondations dans la ville d’Atakpamé (plus de 600 personnes sans
abris et 3 tués), le nombre des nouvelles victimes de la grande précipitation
va avoisiner un record jamais atteint au Togo.
Pour faire face
à la situation, le Premier ministre et certains membres du gouvernement ont eu
une rencontre hier à la primature avec les partenaires en développement afin de
rassembler les moyens pour secourir les sinistrés. Un communiqué du gouvernement
appelle toute la population de ces régions à plus de vigilance.
La partie Sud du
pays se trouve ainsi coupée de l’intérieur du pays. Trois jours après le premier
drame, les voies de déviations suggérées aux usagers par les autorités montrent
déjà leurs incapacités à supporter ce trafic. L’absence de voies de
communications va décupler le problème de la hausse des prix sur les denrées en
provenance de l’intérieur du pays pour les habitants de la partie sud tandis que
les produits manufacturés qui sont convoyés de la capitale vers l’intérieur vont
subir le même coup.
Sedjrawodo A. Adry |