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Interview

La science fiction de l’Honorable Voulé Frititi :  « L’âge limite de fonction présidentielle doit être fixé à 65 ans…. c’est la meilleure démarche permettant aux jeunes méritants et sérieux  de participer à la gestion des affaires de l’Etat»

AgoraPress - Lomé le 13 août 2008 - Interview réalisée par Alain Nococo

L'Honorable Député Voulé Frititi

 

Suite à la catastrophe naturelle qui s’est abattue sur le sud du Togo occasionnant d’énormes dégâts et des pertes en vies humaines, des réactions ne cessent de fuser de toute part pour trouver des causes à ce phénomène naturel et accuser le régime en place de n’avoir pas pris des dispositions pour l’éviter. Nous avons approché l’honorable Voulé-Frititi, un homme du système  qui se prononce également sur la situation. D’autres sujets de l’actualité nationale comme l’annonce de deux candidatures  à la présidentielle de 2010 et la brûlante question de la limitation de l’âge des candidats à l’élection présidentielle et de la durée du mandat du président de la République ont aussi retenus l’attention du député Voulé.

Sur la question de limitation de l’âge  des candidats à l’élection présidentielle, M. Voulé, estime que l’âge limite de fonction présidentielle doit être fixé à 65 sans ceci pour, dit-il, permettre aux jeunes méritants et sérieux de participer à la gestion des affaires de l’Etat. Il s’agit pour l’instant, selon lui, d’une science fiction sur laquelle il va falloir revenir lorsque la nécessité de revoir les textes constitutionnels et institutionnels s’imposera

Togoforum : Bonjour Honorable. Le Togo en général et le Sud du Togo en particulier vit une catastrophe naturelle, le mot n’est pas exagéré, dont les conséquences appellent de tout Togolais et de la communauté un élan de solidarité. Dans cette situation, des esprits s’invitent pour expliquer et  trouver les causes à celle-ci. Des causes naturelles aux causes spirituelles, tout y passe.  Pouvait-on, comme certains le disent, prédire cette catastrophe ou, en tout cas, l’éviter en prenant à temps  des dispositions? Pour certains Togolais, cette situation montre à suffisance le laxisme de l’Etat dans l’attribution des marchés et son manque de rigueur dans le contrôle des infrastructures existantes. Qu’en dites-vous ?
Honorable Voulé Frititi : Les inondations inopinées intervenues ces derniers temps ont fait couler beaucoup de salive de tous ordres, alors qu’il ne s’agissait que d’une catastrophe naturelle qui n’est ni la première, ni la dernière dans l’histoire de l’humanité et on peut donner plusieurs exemples sans froisser l’amour-propre des victimes dont les derniers sont ceux de la géante Amérique, la première puissance (scientifique, technique, économique, militaire) en 2007, sans oublier le récent de la Chine.

Oui, on peut, avec des techniques scientifiques poussées, prévoir des inondations, même si elles sont parfois cycliques ; mais à notre connaissance, aucune technique n’est encore mise au point susceptible de déterminer le nombre de ponts et de villages qui pourraient être endommagés par ces inondations.

Lors de la dernière émission «Au cœur de la nation » du vendredi 08 Août 2008 sur la TVT, des techniciens et spécialistes des travaux publics et d’architecture ont essayé de démontrer les causes profondes ayant produit les effets constatés sans pouvoir préciser l’existence des appareils capables de fournir des signes précurseurs.

Les géographes hydro-climatologues que nous avons  approchés pour mieux en savoir, nous ont déclaré qu’on n’est pas encore arrivé à prévoir l’effondrement ou surtout l’emportement des ponts, même si on peut déterminer à l’avance le déplacement momentané de la population des zones supposées inondables en une période donnée de l’année.

Quant à ce qui concerne le laxisme de l’Etat dans l’attribution des marchés et son manque de rigueur dans le contrôle des infrastructures existantes dont vous parlez, il ne nous appartient pas de formuler des jugements d’appréciation ; car nous sommes loin de ces procédures.

Cependant, en notre qualité de Député, élu du peuple, la question doit nous préoccuper, mais par manque de pièces à conviction, nous ne pouvons pas nous prononcer sur ce que vous appelez « laxisme » de l’Etat ; par contre,en ce qui concerne le manque de contrôle des infrastructures, les techniciens et les responsables du ministère des travaux publics ont reconnu, eux-mêmes, leur défaillance même s’ils se justifient et c’est là que le bât blesse et il est inadmissible qu’un département qui demande la réalisation des travaux de ce genre se refuse de mettre en place des techniques de contrôle et Dieu merci que la dernière fois aucun véhicule n’était sur ces ponts au moment où ils s’écroulaient. Et comme dirait l’autre, « à quelque chose malheur est bon », le ministère des travaux publics doit, à partir de ce drame, prendre toutes les mesures et précautions nécessaires aussi bien au moment de la construction des ponts que pendant leur utilisation, c'est-à-dire une action de surveillance continue pour éviter à l’avenir les évènements vécus ces derniers moments.

Ajoutons qu’il est inexcusable de n’avoir pas prévu l’utilisation de ces ponts par les gros camions (les Titans) au moment de la construction de ces ouvrages sur la Nationale  N°1, la seule voie qui desserre les pays enclavés tels que le Burkina-faso, le Niger  et dans ce cas précis, le Port Autonome de Lomé qui tire le maximum de ses revenus de l’utilisation de la Nationale N°1 doit prévoir lui aussi une ligne budgétaire destinée au renforcement et l’amélioration de toutes les infrastructures routières sur cet axe.

Terminons cette rubrique par cet appel : l’existence des deux barrages de Nangbéto à l’est et de la Volta-Akossombo à l’ouest aura des effets dans les plateaux, portion comprise entre ces deux ouvrages en matière de changement climatique et surtout lorsqu’on admet que la Région des Plateaux est le principal château d’eau du pays d’où sortent plusieurs rivières et fleuves. A vue d’œil, on constate déjà la reforestation des montagnes de la localité et n’eurent été les méfaits des feux de brousse, on retrouverait le climat des années 40 où des grêlons tombaient entre les mois de septembre et octobre, occasionnant ainsi des pluies torrentielles qui augmentent les crues des fleuves descendant desdites montagnes. Soyons donc prêts pour les années à venir.


Togoforum : La politique s’est invitée dans ce drame qui frappe certains de nos concitoyens. On a vu des formations politiques descendre sur le terrain, dans les zones sinistrées, avec des dons en nature et en espèce, d’autres par des messages de compassion et d’appel à l’aide internationale. Peut-on parler de récupération politique surtout que certaines descentes avaient pris parfois des allures de compagne électorale ?
Honorable Voulé Frititi :
Pourquoi la politique s’est invitée ? La politique est partout : dans les églises, dans les rues, dans les maisons mortuaires, et chaque fois que le politicien trouve la nécessité de la saisir (la politique), il le fait sans vergogne, car dans ce cas précis (le drame), les sinistrés étaient hier des électeurs et seront encore demain des juges pour départager les formations politiques. Voilà la raison pour laquelle les formations politiques ont jugé opportune l’occasion pour faire des descentes parfois démagogiques .Et tout cela s’inscrit dans les arcanes politiques.

Bien sûr, on peut se demander, dans l’éthique morale, si ces descentes étaient sincères ou calculées; et la réponse est claire que c’est une approche bien calculée et projetée et la formation politique qui ne saisirait pas l’occasion pour le faire, serait en déphasage avec la politique politicienne ; car en politique, la morale n’a nullement sa place dans la raison pure ainsi que dans la raison saine et c’est dommage ! Mais la vie politique est ainsi faite.

En définitive, il appartient aux sinistrés d’apprécier ces interventions disparates, désordonnées, hypocrites et surtout malhonnêtes, quand bien même, ils sont dans le malheur et obligés de s’accrocher à tout jusqu’aux algues. C’est regrettable que devant une telle situation, la chaîne d’union nationale ne s’est pas créée.


Togoforum :  L’Assemblée nationale qui est l’émanation du peuple n’a pas été du reste. Réunie le 07 août dernier en sa séance plénière unique de sa 2e session extraordinaire de l’année, elle a décidé d’une contribution d’au moins 100.000 F par député pour soutenir les populations sinistrées. Pourquoi ce réveil tardif si l’on sait que cela fait déjà deux semaines que les populations des zones sinistrées vivent ce drame. Honorable, ne trouvez pas cette contribution de 100.000 F très insignifiante vu l’ampleur des dégâts ?
Honorable Voulé Frititi :
L’Assemblée Nationale est la première des trois institutions de l’Etat (le législatif, l’exécutif, le judiciaire) et lorsqu’un drame national se produit dans le pays, elle doit prendre un peu de recul pour analyser le concept avec le pouvoir exécutif avant de prendre toute disposition conséquente. Qui plus est, il n’est pas dit que les besoins des sinistrés enregistrés s’estompent avec la baisse des crues des fleuves puisque les répercutions des dégâts causés s’étendent sur plusieurs semaines, voire des mois.

Dire donc que l’Assemblée s’est réveillée tardivement serait une myopie intellectuelle et ensuite dire que la contribution des députés est très insignifiante, c’est oublier que dans le cas précis, ce n’est pas tellement ce qu’on donne qui compte, mais c’est l’intention et c’est cette volonté de compatir avec les victimes qu’il faut apprécier. Les députés n’ont nullement l’intention de vouloir
combler toutes les attentes des sinistrés ; d’ailleurs ils ne peuvent même pas le faire.

Il aurait été souhaitable que les fonds en provenance des députés soient destinés aux achats des fournitures scolaires, étant donné que les dons en vivres et autres objets vestimentaires de l’heure, règlent à peu près les problèmes des sinistrés.

Malheureusement, la pression de la rue et la diabolisation des députés ont poussé l’Assemblée Nationale à agir comme les autres donateurs ; sinon, la meilleure rationalité d’utilisation de ces dons consisterait à faire une action projetée.

Mais tout bien considéré, nous conseillerons la ministre des affaires sociales ou son collègue de la sécurité et de la protection civile à garder le chèque remis par le Président de l’Assemblée en vue d’achat des cahiers, bics et autres articles scolaires pour la rentrée prochaine qui s’annonce dure pour les sinistrés.

Togoforum : La présidentielle, c’est dans deux ans, mais déjà deux candidats se sont déclarés. Il s’agit de M. Gilchrist Olympio, leader de l’Union des Forces de Changement (UFC) et de M. Agbéyomé Kodjo, un pur produit du RPT tombé en disgrâce à la suite de la publication de son brûlot en 2002 et qui vient de mettre sur pied son parti politique, OBUTS. Comment réagissez-vous à l’annonce de ces deux candidatures ?
Honorable Voulé Frititi : Nous ne comprenons pas le sens réel de votre question pour deux raisons :
- d’abord si les élections présidentielles auront lieu en deux ans, comme vous le dites, se manifester comme candidat n’est nullement aux antipodes des dispositions légales ;
- ensuite pour faire l’économie des congrès, rencontres au cours desquelles un parti politique ou un groupement de partis politiques désigne son candidat, il est tout à fait légal que le leader de l’Union des Forces de Changement (UFC) saisisse l’occasion des travaux du 2ème congrès statutaire depuis la naissance de ce parti, pour annoncer sa candidature.

Il en est de même, à une nuance près, de la part du président de l’OBUTS de saisir l’occasion du congrès constitutif de ce parti pour dire tout haut le but qu’il escomptait en créant son parti et nul n’a le droit de se référer à son passé pour crier haro sur lui et ne dit-on pas que qui veut aller loin, ménage sa monture ou que rien ne sert de courir, il faut partir à point ?

Somme toute, que le leader de l’UFC ou le président de l’OBUTS annoncent leur couleur n’est pas du tout un sacrilège, au contraire, leur déclaration de candidature ne peut qu’édifier les autres formations politiques dans le choix  de leurs prétendants.


Togoforum : La candidature qui suscite le plus de commentaires au sein de la population togolaise, est celle de M. Gilchrist Olympio. C’est surtout son âge qui fait l’objet de polémique. En 2010, l’homme aura 74 ans et certains Togolais le trouvent trop âgé pour ce genre de mission. Ce jugement ne vous semble t-il pas justifié ? En tout état de cause, cette observation ne  donne t-elle pas raison à ceux qui militent pour une limitation de l’âge des candidats à l’élection présidentielle et de durée des candidats
Honorable Voulé Frititi :
Pourquoi la candidature du leader de l’UFC doit-elle susciter de commentaires au sein de la population puisque ce n’est pas la première fois qu’il se porte candidat à ce poste ? Vous avancez votre thèse sur l’âge du présumé candidat ; mais l’article 62 de la Constitution Togolaise précisé par l’article 168 du code électoral en vigueur, ne parle guère de la limitation d’âge; il est donc clair que si le président de l’UFC remplissait toutes les autres conditions légales, il peut valablement se porter candidat.

Quant à ce qui concerne la limitation de l’âge des candidats à l’élection présidentielle et de durée du mandat, personnellement, nous sommes un adepte et ce n’est nullement un sophisme; les dispositions constitutionnelles et réglementaires doivent être revues pour être conformes. Si la constitution limite l’âge du départ à 35 ans (le plancher), il est tout à fait indiqué que l’âge de fin de carrière (plafond) soit également limité (parallélisme des formes)

En effet, tout vrai citoyen démocrate doit accepter que la durée de mandat du Président de la République soit
deux (2) mandats consécutifs de 5 ans chacun, soit 10 ans et quels que soient les résultats obtenus, le Président en fin de
fonction doit céder la place à un autre citoyen pour lui permettre de tenter lui aussi une nouvelle expérience dans la mesure où la gestion du Président sortant n’a pas comblé les attentes du peuple. En d’autres termes, le jeu de l’alternance dans un système démocratique exige cela d’une part et c’est l’occasion propice donnée au citoyen de comparer les différentes formes de la conduite des affaires de l’Etat d’autre part.

Ainsi, à la fin des deux mandats constitutionnels, si le peuple estime que la gestion du précédent Président était la meilleure et accepte de lui confier de nouveau un autre mandat, le ‘’REVENANT’’, sauf cas de force majeure, pourrait gérer le pays pendant dix nouvelles années. Il aurait 65 ans d’âge après avoir exercé les fonctions du Président de la République pendant 20 ans. Alors, si un citoyen âgé de 65 ans a tenu les rênes d’une nation pendant 20 ans, vous conviendrez avec nous que cette fonction n’étant nullement une officine à garder, pour ne pas dire à confisquer éternellement, le détenteur sortant doit définitivement céder la place aux autres citoyens.

La formule résumée serait : citoyen de 35 ans, premier mandat constitutionnel de 10 ans, soit 45 ans d’âge ; début du second mandat, 55 ans d’âge ; fin du second mandat 65 ans. On peut conclure que l’âge limite de fonction présidentielle doit être fixé à 65 ans sans ni offenser, ni exclure personne car, la suggestion n’est nullement une démagogie , mais c’est la meilleure démarche permettant aux jeunes méritants et sérieux de participer à la gestion des affaires de l’Etat.

Nous reviendrons sur cette approche lorsque la nécessité de revoir les textes constitutionnels et institutionnels s’imposera. Pour l’instant, il ne s’agit que d’une simple science-fiction.


Togoforum : Les résultats du concours de recrutement des enseignants auxiliaires organisé en mars dernier pour pallier le manque criard des enseignants dans les établissements scolaires du Togo, tous degrés confondus, ne sont pas encore connus. Vous êtes un baron du régime et au parfum des questions de l’éducation, qu’est-ce qui bloque la publication de ces résultats si l’on se rappelle que la rentrée scolaire c’est dans trois semaines ? Au vu de tout ce qui se passe dans le système éducatif togolais, Honorable, dites-nous, si l’école togolaise a encore de l’avenir ?    
Honorable Voulé Frititi : Nous ne sommes pas d’accord avec vous lorsque l’occasion vous est donnée, vous plaquez l’expression ‘’BARON’’ du régime. Nous sommes baron du RPT, parti politique, mais ce parti n’a jamais organisé des concours pour que vous nous demandiez les raisons pour lesquelles les résultats du dernier concours ne sont pas connus jusqu’à ce jour. Par contre, si vous nous posez la question en tant que membre de la commission de développement socioculturel de l’Assemblée Nationale et dans une certaine mesure en tant qu’expert spécialiste en planification de l’éducation, nous pourrons répondre à vos préoccupations dans la limite de nos analyses sémantiques ; mais ceci étant dit, et comme la question préoccupe un bon nombre de citoyens, nous vous dirons ce que nous pensons et cela n’engage que nous.

C’est vrai, il est étonnant, voire même incompréhensible que les résultats d’un concours de recrutement des enseignants organisé depuis le 04 mars 2008 ne  soient pas encore connus. Or, dans le planning arrêté par le ministre des enseignements primaire et secondaire, les candidats retenus devraient être déjà en stage d’initiation pédagogique et en même temps constituer leur dossier
d’engagement, de manière que dès la reprise des classes, ils ne soient plus obligés d’abandonner les élèves pour aller fournir les pièces indispensables pour leur engagement définitif.

Sur le plan purement pédagogique, il est impossible de demander à un bachelier n’ayant jamais suivi une séance d’initiation pédagogique de tenir une classe, surtout dans l’enseignement primaire.

C’est pourquoi, il est inéluctablement nécessaire que ces nouveaux bacheliers, les recrues, aient reçu au moins pendant deux à trois semaines une formation (initiation) pédagogique et les inspecteurs qui contrôlent ces bacheliers jetés dans les salles de classe sans aucun matériel didactique ne nous démentiront pas que c’est une véritable peine des galères pour ces novices, les néophytes enseignants surtout ceux qui prennent des classes des cours préparatoires.

Il est possible que ces bacheliers, envoyés dans des CEG avec une discipline précise, peuvent tirer leur épingle du jeu mais les affecter dans les classes de l’enseignement primaire, c’est se leurrer. Si l’école togolaise présente aujourd’hui un aspect négatif, cela est possible, puisque la réforme de l’enseignement opérée en 1975,  n’a jamais fait l’objet de remise en cause.     

Oui, l’école qui est une institution permanente  doit permettre aux citoyens de vivre  de l’espérance ; mais à condition que des mesures amélioratrices adéquates soient envisagées dans le temps et dans l’espace ; et nous ne cesserons jamais de crier fort que la réforme de l’école nouvelle togolaise doit être revue pour l’adapter aux exigences de l’heure.

 
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