|
Togoforum :
Bonjour Honorable. Le Togo en général et le Sud du Togo en particulier vit
une catastrophe naturelle, le mot n’est pas exagéré, dont les conséquences
appellent de tout Togolais et de la communauté un élan de solidarité. Dans
cette situation, des esprits s’invitent pour expliquer et trouver les
causes à celle-ci. Des causes naturelles aux causes spirituelles, tout y
passe. Pouvait-on, comme certains le disent, prédire cette catastrophe ou,
en tout cas, l’éviter en prenant à temps des dispositions? Pour certains
Togolais, cette situation montre à suffisance le laxisme de l’Etat dans
l’attribution des marchés et son manque de rigueur dans le contrôle des
infrastructures existantes. Qu’en dites-vous ?
Honorable Voulé Frititi
:
Les
inondations inopinées intervenues ces derniers temps ont fait couler
beaucoup de salive de tous ordres, alors qu’il ne s’agissait que d’une
catastrophe naturelle qui n’est ni la première, ni la dernière dans
l’histoire de l’humanité et on peut donner plusieurs exemples sans froisser
l’amour-propre des victimes dont les derniers sont ceux de la géante
Amérique, la première puissance (scientifique, technique, économique,
militaire) en 2007, sans oublier le récent de la Chine.
Oui, on peut, avec des techniques scientifiques poussées, prévoir des
inondations, même si elles sont parfois cycliques ; mais à notre
connaissance, aucune technique n’est encore mise au point susceptible de
déterminer le nombre de ponts et de villages qui pourraient être endommagés
par ces inondations.
Lors de la dernière émission «Au cœur de la nation » du
vendredi 08 Août 2008 sur la TVT, des techniciens et spécialistes des
travaux publics et d’architecture ont essayé de démontrer les causes
profondes ayant produit les effets constatés sans pouvoir préciser
l’existence des appareils capables de fournir des signes précurseurs.
Les géographes hydro-climatologues que nous avons approchés pour mieux en
savoir, nous ont déclaré qu’on n’est pas encore arrivé à prévoir
l’effondrement ou surtout l’emportement des ponts, même si on peut
déterminer à l’avance le déplacement momentané de la population des zones
supposées inondables en une période donnée de l’année.
Quant à ce qui concerne le laxisme de l’Etat dans l’attribution des marchés
et son manque de rigueur dans le contrôle des infrastructures existantes
dont vous parlez, il ne nous appartient pas de formuler des jugements
d’appréciation ; car nous sommes loin de ces procédures.
Cependant, en notre qualité de Député, élu du peuple, la question doit nous
préoccuper, mais par manque de pièces à conviction, nous ne pouvons pas nous
prononcer sur ce que vous appelez « laxisme » de l’Etat ; par contre,en ce
qui concerne le manque de contrôle des infrastructures, les techniciens et
les responsables du ministère des travaux publics ont reconnu, eux-mêmes,
leur défaillance même s’ils se justifient et c’est là que le bât blesse et
il est inadmissible qu’un département qui demande la réalisation des travaux
de ce genre se refuse de mettre en place des techniques de contrôle et Dieu
merci que la dernière fois aucun véhicule n’était sur ces ponts au moment où
ils s’écroulaient. Et comme dirait l’autre, « à quelque chose
malheur est bon », le ministère des travaux publics doit, à partir de ce
drame, prendre toutes les mesures et précautions nécessaires aussi bien au
moment de la construction des ponts que pendant leur utilisation,
c'est-à-dire une action de surveillance continue pour éviter à l’avenir les
évènements vécus ces derniers moments.
Ajoutons qu’il est inexcusable de n’avoir pas prévu l’utilisation de ces
ponts par les gros camions (les Titans) au moment de la construction de ces
ouvrages sur la Nationale N°1, la seule voie qui desserre les pays enclavés
tels que le Burkina-faso, le Niger et dans ce cas précis, le Port Autonome
de Lomé qui tire le maximum de ses revenus de l’utilisation de la Nationale
N°1 doit prévoir lui aussi une ligne budgétaire destinée au renforcement et
l’amélioration de toutes les infrastructures routières sur cet axe.
Terminons cette rubrique par cet appel : l’existence des deux barrages de
Nangbéto à l’est et de la Volta-Akossombo à l’ouest aura des effets dans les
plateaux, portion comprise entre ces deux ouvrages en matière de changement
climatique et surtout lorsqu’on admet que la Région des Plateaux est le
principal château d’eau du pays d’où sortent plusieurs rivières et fleuves.
A vue d’œil, on constate déjà la reforestation des montagnes de la localité
et n’eurent été les méfaits des feux de brousse, on retrouverait le climat
des années 40 où des grêlons tombaient entre les mois de septembre et
octobre, occasionnant ainsi des pluies torrentielles qui augmentent les
crues des fleuves descendant desdites montagnes. Soyons donc prêts pour les
années à venir.
Togoforum :
La politique s’est invitée dans ce drame qui frappe certains de nos
concitoyens. On a vu des formations politiques descendre sur le terrain,
dans les zones sinistrées, avec des dons en nature et en espèce, d’autres
par des messages de compassion et d’appel à l’aide internationale. Peut-on
parler de récupération politique surtout que certaines descentes avaient
pris parfois des allures de compagne électorale ?
Honorable Voulé Frititi
:
Pourquoi la politique s’est invitée ? La politique est partout : dans les
églises, dans les rues, dans les maisons mortuaires, et chaque fois que le
politicien trouve la nécessité de la saisir (la politique), il le fait sans
vergogne, car dans ce cas précis (le drame), les sinistrés étaient hier des
électeurs et seront encore demain des juges pour départager les formations
politiques. Voilà la raison pour laquelle les formations politiques ont jugé
opportune l’occasion pour faire des descentes parfois démagogiques .Et tout
cela s’inscrit dans les arcanes politiques.
Bien sûr, on peut se demander, dans l’éthique morale, si ces descentes
étaient sincères ou calculées; et la réponse est claire que c’est une
approche bien calculée et projetée et la formation politique qui ne
saisirait pas l’occasion pour le faire, serait en déphasage avec la
politique politicienne ; car en politique, la morale n’a nullement sa place
dans la raison pure ainsi que dans la raison saine et c’est dommage !
Mais la vie politique est ainsi faite.
En définitive, il appartient aux sinistrés d’apprécier ces interventions
disparates, désordonnées, hypocrites et surtout malhonnêtes, quand bien
même, ils sont dans le malheur et obligés de s’accrocher à tout jusqu’aux
algues. C’est regrettable que devant une telle situation, la chaîne
d’union nationale ne s’est pas créée.
Togoforum :
L’Assemblée nationale qui est l’émanation
du peuple n’a pas été du reste. Réunie le 07 août dernier en sa séance
plénière unique de sa 2e session extraordinaire de l’année, elle
a décidé d’une contribution d’au moins
100.000 F par
député pour soutenir les populations sinistrées. Pourquoi ce réveil tardif
si l’on sait que cela fait déjà deux semaines que les populations des zones
sinistrées vivent ce drame. Honorable, ne trouvez pas cette contribution de
100.000 F très insignifiante vu l’ampleur des dégâts ?
Honorable Voulé Frititi
:
L’Assemblée
Nationale est la première des trois institutions de l’Etat (le législatif,
l’exécutif, le judiciaire) et lorsqu’un drame national se produit dans le
pays, elle doit prendre un peu de recul pour analyser le concept avec le
pouvoir exécutif avant de prendre toute disposition conséquente. Qui plus
est, il n’est pas dit que les besoins des sinistrés enregistrés s’estompent
avec la baisse des crues des fleuves puisque les répercutions des dégâts
causés s’étendent sur plusieurs semaines, voire des mois.
Dire donc que l’Assemblée s’est réveillée tardivement serait une myopie
intellectuelle et ensuite dire que la contribution des députés est très
insignifiante, c’est oublier que dans le cas précis, ce n’est pas tellement
ce qu’on donne qui compte, mais c’est l’intention et c’est cette volonté de
compatir avec les victimes qu’il faut apprécier. Les députés n’ont nullement
l’intention de vouloir
combler toutes les attentes des sinistrés ; d’ailleurs ils ne
peuvent même pas le faire.
Il aurait été souhaitable que les fonds en provenance des députés soient
destinés aux achats des fournitures scolaires, étant donné que les dons en
vivres et autres objets vestimentaires de l’heure, règlent à peu près les
problèmes des sinistrés.
Malheureusement, la pression de la rue et la diabolisation des députés ont
poussé l’Assemblée Nationale à agir comme les autres donateurs ; sinon, la
meilleure rationalité d’utilisation de ces dons consisterait à faire une
action projetée.
Mais tout bien considéré, nous conseillerons la ministre des affaires
sociales ou son collègue de la sécurité et de la protection civile à garder
le chèque remis par le Président de l’Assemblée en vue d’achat des cahiers,
bics et autres articles scolaires pour la rentrée prochaine qui s’annonce
dure pour les sinistrés.
Togoforum :
La présidentielle, c’est dans deux ans, mais déjà deux
candidats se sont déclarés. Il s’agit de M. Gilchrist Olympio, leader de
l’Union des Forces de Changement (UFC) et de M. Agbéyomé Kodjo, un pur
produit du RPT tombé en disgrâce à la suite de la publication de son brûlot
en 2002 et qui vient de mettre sur pied son parti politique, OBUTS. Comment
réagissez-vous à l’annonce de ces deux candidatures ?
Honorable Voulé Frititi
:
Nous ne comprenons pas le sens réel de votre question pour deux raisons :
- d’abord si les
élections présidentielles auront lieu en deux ans, comme vous le dites, se
manifester comme candidat n’est nullement aux antipodes des dispositions
légales ;
- ensuite pour faire
l’économie des congrès, rencontres au cours desquelles un parti politique ou
un groupement de partis politiques désigne son candidat, il est tout à fait
légal que le leader de l’Union des Forces de Changement (UFC) saisisse
l’occasion des travaux du 2ème congrès statutaire depuis la
naissance de ce parti, pour annoncer sa candidature.
Il
en est de même, à une nuance près, de la part du président de l’OBUTS de
saisir l’occasion du congrès constitutif de ce parti pour dire tout haut le
but qu’il escomptait en créant son parti et nul n’a le droit de se référer à
son passé pour crier haro sur lui et ne dit-on pas que qui veut aller
loin, ménage sa monture ou que rien ne sert de courir, il faut partir à
point ?
Somme toute, que le leader de l’UFC ou le président de l’OBUTS annoncent
leur couleur n’est pas du tout un sacrilège, au contraire, leur déclaration
de candidature ne peut qu’édifier les autres formations politiques dans le
choix de leurs prétendants.
Togoforum : La candidature qui suscite le plus de commentaires au sein de la population
togolaise, est celle de M. Gilchrist Olympio. C’est surtout son âge qui fait
l’objet de polémique. En 2010, l’homme aura 74 ans et certains Togolais le
trouvent trop âgé pour ce genre de mission. Ce jugement ne vous semble t-il
pas justifié ? En tout état de cause, cette observation ne donne t-elle pas
raison à ceux qui militent pour une limitation de l’âge des candidats à
l’élection présidentielle et de durée des candidats
Honorable Voulé Frititi
:
Pourquoi la
candidature du leader de l’UFC doit-elle susciter de commentaires au sein de
la population puisque ce n’est pas la première fois qu’il se porte candidat
à ce poste ? Vous avancez votre thèse sur l’âge du présumé candidat ;
mais l’article 62 de la Constitution Togolaise précisé par l’article 168 du code électoral en vigueur,
ne parle guère de la limitation d’âge; il est donc clair que si le président
de l’UFC remplissait toutes les autres conditions légales, il peut
valablement se porter candidat.
Quant à ce qui concerne la limitation de l’âge des candidats
à l’élection présidentielle et de durée du mandat, personnellement, nous
sommes un adepte et ce n’est nullement un sophisme; les dispositions
constitutionnelles et réglementaires doivent être revues pour être
conformes. Si la constitution limite l’âge du départ à 35 ans (le plancher),
il est tout à fait indiqué que l’âge de fin de carrière (plafond) soit
également limité (parallélisme des formes)
En effet, tout vrai citoyen démocrate doit accepter que la durée de mandat
du Président de la République soit
deux (2) mandats consécutifs de 5 ans chacun, soit 10 ans et quels que
soient les résultats obtenus, le Président en fin de
fonction doit céder la place à un autre
citoyen pour lui permettre de tenter lui aussi une nouvelle expérience dans
la mesure où la gestion du Président sortant n’a pas comblé les attentes du
peuple. En d’autres termes, le jeu de l’alternance dans un système
démocratique exige cela d’une part et c’est l’occasion propice donnée au
citoyen de comparer les différentes formes de la conduite des affaires de
l’Etat d’autre part.
Ainsi, à la fin des deux mandats constitutionnels, si le peuple estime que
la gestion du précédent Président était la meilleure et accepte de lui
confier de nouveau un autre mandat, le ‘’REVENANT’’, sauf cas de force
majeure, pourrait gérer le pays pendant dix nouvelles années. Il aurait 65
ans d’âge après avoir exercé les fonctions du Président de la République
pendant 20 ans. Alors, si un citoyen âgé de 65 ans a tenu les rênes d’une
nation pendant 20 ans, vous conviendrez avec nous que cette fonction n’étant
nullement une officine à garder, pour ne pas dire à confisquer
éternellement, le détenteur sortant doit définitivement céder la place aux
autres citoyens.
La formule résumée serait : citoyen de 35 ans, premier mandat
constitutionnel de 10 ans, soit 45 ans d’âge ; début du second mandat, 55
ans d’âge ; fin du second mandat 65 ans. On peut conclure que l’âge limite
de fonction présidentielle doit être fixé à 65 ans sans ni offenser, ni
exclure personne car, la suggestion n’est nullement une démagogie , mais
c’est la meilleure démarche permettant aux jeunes méritants et sérieux
de participer à la gestion des affaires de l’Etat.
Nous reviendrons sur cette approche lorsque la nécessité de revoir les
textes constitutionnels et institutionnels s’imposera. Pour l’instant, il ne
s’agit que d’une simple science-fiction.
Togoforum :
Les résultats du
concours de recrutement des enseignants auxiliaires organisé en mars dernier
pour pallier le manque criard des enseignants dans les établissements
scolaires du Togo, tous degrés confondus, ne sont pas encore connus. Vous
êtes un baron du régime et au parfum des questions de l’éducation, qu’est-ce
qui bloque la publication de ces résultats si l’on se rappelle que la
rentrée scolaire c’est dans trois semaines ? Au vu de tout ce qui se passe
dans le système éducatif togolais, Honorable, dites-nous, si l’école
togolaise a encore de l’avenir ?
Honorable Voulé Frititi
:
Nous ne sommes pas d’accord avec vous lorsque l’occasion vous est donnée,
vous plaquez l’expression ‘’BARON’’ du régime. Nous sommes baron du RPT,
parti politique, mais ce parti n’a jamais organisé des concours pour que
vous nous demandiez les raisons pour lesquelles les résultats du dernier
concours ne sont pas connus jusqu’à ce jour. Par contre, si vous nous posez
la question en tant que membre de la commission de développement
socioculturel de l’Assemblée Nationale et dans une certaine mesure en tant
qu’expert spécialiste en planification de l’éducation, nous pourrons
répondre à vos préoccupations dans la limite de nos analyses sémantiques ;
mais ceci étant dit, et comme la question préoccupe un bon nombre de
citoyens, nous vous dirons ce que nous pensons et cela n’engage que nous.
C’est vrai, il est étonnant, voire même incompréhensible que les résultats
d’un concours de recrutement des enseignants organisé depuis le 04 mars 2008
ne soient pas encore connus. Or, dans le planning arrêté par le ministre
des enseignements primaire et secondaire, les candidats retenus devraient
être déjà en stage d’initiation pédagogique et en même temps
constituer leur dossier
d’engagement, de
manière que dès la reprise des classes, ils ne soient plus obligés
d’abandonner les élèves pour aller fournir les pièces indispensables pour
leur engagement définitif.
Sur le plan purement pédagogique, il est impossible de demander à un
bachelier n’ayant jamais suivi une séance d’initiation pédagogique de tenir
une classe, surtout dans l’enseignement primaire.
C’est pourquoi, il est inéluctablement nécessaire que ces nouveaux
bacheliers, les recrues, aient reçu au moins pendant deux à trois
semaines une formation (initiation) pédagogique et les inspecteurs qui
contrôlent ces bacheliers jetés dans les salles de classe sans aucun
matériel didactique ne nous démentiront pas que c’est une véritable peine
des galères pour ces novices, les néophytes enseignants surtout ceux qui
prennent des classes des cours préparatoires.
Il est possible que ces bacheliers, envoyés dans des CEG avec une discipline
précise, peuvent tirer leur épingle du jeu mais les affecter dans les
classes de l’enseignement primaire, c’est se leurrer. Si l’école togolaise
présente aujourd’hui un aspect négatif, cela est possible, puisque la
réforme de l’enseignement opérée en 1975, n’a jamais fait l’objet de remise
en cause.
Oui, l’école qui est une institution permanente doit permettre aux citoyens
de vivre de l’espérance ; mais à condition que des mesures amélioratrices
adéquates soient envisagées dans le temps et dans l’espace ; et nous ne
cesserons jamais de crier fort que la réforme de l’école nouvelle togolaise
doit être revue pour l’adapter aux exigences de l’heure. |