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Interview
Je ne crois pas que les inondations que nous subissons auraient épargné notre pays et contourné nos frontières si d’autres avaient été aux commandes de l’Etat
AgoraPress - Lomé le 9 août 2008 - Interview réalisée par Camus Ali

Le Ministre Gilbert Bawara

«C'est fini le temps où certains pouvaient esperer continuer á incriminer et discréditer avec succès leur propre pays et ses dirigeants pour des motifs plutôt partisans. Des partenaires internationaux ont vite décelé la sincérité des dirigeants togolais actuels dont le souci est avant d'élargir le sillon des libertés et des droits de l'homme et de creer les conditions permettant á tous les togolais,où qu'ils se trouvent de liberer leurs énergies et aider á la reconciliation nationale et la reconstruction du Togo. Nous n'allons pas á Bruxelles en qûete d'argent mais avec  l'objectif de mieux expliquer le nouvel élan en cours au Togo afin d'échanger avec nos partenaires sur les orientations et les axes stratégiques proposés dans la stratégie intérimaire de réduction de la pauvreté, mais aussi de susciter plus d'interêt concernant les actions prioritaires pouvant aider notre pays á combler son retard»

Togoforum: Les inondations bien qu'étant une catastrophe naturelle ont montré aux dires des togolais les limites et l'incapacité de Faure et de Mally. Pourquoi n'avez-vous pas tirez les leçons des inondations de 2007 au nord du Togo?
G Bawara :
Je voudrais d'abord remercier Togoforum pour l’opportunité qu’il m’offre d’éclairer l’opinion sur les récentes évolutions au Togo, surtout sur le plan économique.

Pour répondre à votre question, voyons: Vous-même, vous parlez de catastrophe naturelle, c’est-à-dire hors du contrôle de la volonté humaine et vous cherchez néanmoins à en attribuer la responsabilité aux pouvoirs publics. Je ne crois pas que les inondations que nous subissons auraient épargné notre pays et contourné nos frontières si d’autres avaient été aux commandes de l’Etat. Le gouvernement dans sa totalité, sous l’autorité du président Faure Gnassingbé et du premier ministre Mally a travaillé d’arrache pieds pour assurer les sauvetages et les secours.

A ce jours, la plus grande partie de l’assistance, en vivres, soins médicaux et abris et sites d’hébergement a été entièrement prise en charge par l’Etat togolais, même si nous commençons à recevoir de l’aide de la part des pays amis et des agences du système des nations unies. Et dès que les premières urgences ont commencé à progresser, des mesures énergiques ont été prises en conseil de ministres pour dissoudre le FER (Fonds d'Entretien Routier) et créer de nouvelles structures capables d’améliorer la qualité des prestations en matière de construction ou de réhabilitation des routes et pistes. De même des mesures sont envisagées pour délimiter clairement les zones inondables et donc non-contructibles.

Chacun devra assumer sa part de responsabilité, aussi bien l’Etat en étant plus rigoureux et intransigeant en matière d’urbanisme et d’attribution des titres fonciers que les citoyens en évitant de s’installer dans des zones manifestement impossibles à aménager. Je ne comprends pas pourquoi certains cherchent à polémiquer et à instrumentaliser un phénomène naturel à des fins partisanes et politiques, alors même que les pertes en vies humaines et les autres dégâts, y compris la situation de désolation des sinistrés devraient inciter à plus de décences et de retenue !


Togoforum:
Curieusement il revenait au génie militaire ghanéen de sauver les togolais...
Bawara :
Quel est l’inconvénient à faire appel à l’aide et à la solidarité nationale et internationale lorsque l’on est confronté à ce genre de désastres ? Surtout que le Togo sollicite cette assistance humanitaire dans des proportions très modestes, comparativement à certains pays qui pour des situations infiniment moins inquiétantes recourent systématiquement à des appels de fonds en direction des partenaires extérieurs. Le gouvernement et le peuple togolais sont liés au Ghana et à la France par des relations très intenses et privilégiées, legs de notre histoire commune. C’est dans des moments de difficultés que l’on sait compter les vrais amis. Nous sommes donc reconnaissants aux armées ghanéennes et françaises et aux gouvernements de ces deux pays pour leur diligente réaction et leurs contributions très appréciables.

Togoforum:
Dans les pays dits sérieux on prévoit pour 5 où 10 années. On parle par exemple de l'agenda 2015 en Allemagne. Quels sont vos plans futurs pour éviter le rafistolage en matière de gestion d'une crise?
G Bawara : La démagogie n’est pas mon point fort. Surtout au moment où les Togolais prennent conscience de l’ampleur du délabrement des ouvrages et des infrastructures routières qui doivent être reconstruits plutôt que bricolés, il nous revient de faire preuve d’humilité et de réalisme en évitant des promesses et engagements intenables. Tous les efforts seront déployés pour améliorer, tant soi peu, l’état des routes et des ouvrages d’art. De nombreux projets sont actuellement sous examens, même s’il faut déplorer la lenteur et les retards dans leur démarrage effectif. L’une de mes priorités aujourd’hui en tant que ministre de la coopération c’est justement de parvenir à une amélioration et une simplification des procédures de mise en œuvre des programmes et projets des partenaires, surtout en matière d’infrastructures routières et des services sociaux de base.

Avant de commencer à parler des plans de développement à long terme, nous nous efforçons de satisfaire en priorité les besoins immédiats des Togolais, tout en conduisant de vastes réformes structurelles de fonds pour assainir les finances publiques, améliorer et optimiser les recettes publiques et ainsi recouvrer les marges de manœuvres pour déployer des actions de développement de long terme. Les résultants tangibles que le Président Faure a engrangés sur le plan politique et institutionnelle et dans le renforcement des libertés publiques et de la réconciliation nationale, nous avons la volonté et les capacités de le rééditer sur le plan économique et social. S’il y avait une alternative pour satisfaire rapidement les attentes des populations, nous l’aurions su et si d’autres togolais détiennent une baguette magique et des solutions lumineuses, hé bien, qu’ils le disent. Même si leurs solutions sont mises en œuvre par les gouvernants actuels, les Togolais sauront toujours les inspirateurs !  

Togoforum: La table ronde prévue du 17au18 Septembre aux dires de certains est un non événement. Pensez-vous que les donateurs vous ferons  confiance á Bruxelles dans un pays où les structures de contrôle sont inexistantes voire la justice?
G Bawara :
Vous semblez mieux maîtriser la préparation de cette conférence des partenaires au développement que moi qui travaille là-dessus depuis des mois, à moins que vous prêchiez le faux pour découvrir le vrai. Aujourd’hui, le président Faure à restaurer, à travers la politique d’ouverture et de réforme politique et à travers les mesures de renforcement de l’Etat de droit, l’image et la crédibilité du Togo sur la scène internationale. C’est fini le temps où certains pouvaient espérer continuer à incriminer et discréditer avec succès leur propre pays et ses dirigeants pour des motifs plutôt partisans. Les partenaires internationaux ont vite décelé la sincérité des dirigeants togolais actuels dont le souci est avant d’élargir le sillons des libertés et des droits de l’homme et de créer les conditions permettant à tous les Togolais, où qu’ils se trouvent, de libérer leurs énergies et aider à la réconciliation nationale et la reconstruction du Togo. Nous n’allons pas à Bruxelles en quête d’argent mais avec l’objectif de mieux expliquer le nouvel élan en cours au Togo, d’échanger avec nos partenaires sur les orientations et les axes stratégiques proposés dans la Stratégie intérimaire de réduction de la pauvreté mais aussi de susciter plus d’intérêt concernant les actions prioritaires pouvant aider notre pays à combler son retard. Je suis confiant sur le bon déroulement de cette conférence qui n’est qu’une séquence dans une stratégie cohérente de normalisation complète de nos relations avec les partenaires au développement.

Togoforum : M le ministre, les promesses inscrites dans les « Vingt Plus » du président Faure lors de sa campagne restent en grande partie non réalisées. Ensuite vient s’ajouter le problème de la cherté de la vie…
Mr Gilbert Bawara : Le président Faure est arrivé aux affaires dans un contexte difficile de crispation, de tension et d’agitations sociopolitiques dues aux violences et aux troubles qui avaient émaillées le processus de son élection. La première phase de son mandat a donc consisté à créer les conditions de l’apaisement de la vie nationale et de la relance du dialogue avec les acteurs politiques et de la société civile, d’engager des initiatives pour faire la lumière sur les actes de violence et les atteintes aux droits de l’hommes survenues au cours du processus électoral, de prendre les dispositions appropriées notamment avec la mise en place du Haut Commissariat au Rapatriement et à l’Action Humanitaire pour favoriser le retour au bercail de nos concitoyens qui avaient dû fuir au Ghana et au Bénin voisins. C’est cette volonté d’ouverture et de dialogue et ce climat de sérénité qui ont rendu possible la relance d’un dialogue politique fécond et l’aboutissement de celui-ci à l’Accord Politique Global et à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. Et c’est dans une atmosphère inédite de calme, de sécurité, de consensus et de confiance mutuelle que nous avons pu organiser des élections législatives apaisées, grâce à l’entregent du président Faure et du premier ministre Agboyibo.

Parallèlement à ce processus politique, d’apaisement et de réconciliation nationale, le président Faure et ses premiers ministres successifs se sont attaqués à la réforme des secteurs porteurs de croissance, dont les impôts, les douanes, la SOTOCO, les phosphates… avec les effets positifs que l’on sait en terme d’apurements des arriérés de salaires et des impayés dus aux cotonculteurs, le déblocage des effets financiers des avancements, le paiement régulier des salaires, les intégrations, régularisations et recrutements dans la fonction publique, l’augmentation cumulée des salaires de 8% au total entre 2007 et 2008, le relèvement de l’âge de départ à la retraite et les subventions des produits pétroliers et des engrais. Par rapport au pessimisme et à la résignation ambiante qui prévalaient en 2005, il s’agit là d’un bilan impressionnant auquel il faut ajouter les perspectives ambitieuses et favorables qui découleront dans un proche avenir de la relance de la coopération avec l’Union européenne et du réengagement des institutions financières internationales. Je ne prétends que tout soit rose au Togo, mais la voie est en train d’être tracée pour retrouver la croissance et le bien-être des populations. Sur un point autrefois controversée comme celui des droits de l’homme, le Togo est sans doute aujourd’hui un pays pionnier et nettement en avance au regard des activités que le bureau des Nations Unies aux droits de l’homme mène dans notre pays, de la volonté farouche du président Faure de conduire à son terme le processus de vérité-justice et réconciliation ainsi que des avancées en matière de liberté d’opinion et de la presse.

Togoforum : M. le ministre les togolais ont faim. Si vous voulez bien nous allons parler de cette priorité qui est l’économie. Comment gérez-vous les aides, subventions, prêts que vous signez avec les différents partenaires économiques ?
Mr Gilbert Bawara : Face à la crise alimentaire mondiale qui affecte sévèrement l’Afrique, le président Faure et l’ensemble du gouvernement sont totalement mobilisés pour la mise en place d’un Plan d’action d’urgence de relance de la production agricole et tous les efforts sont actuellement déployés pour mobiliser des ressources conséquentes pour la mise en œuvre diligente de ce plan qui embrasse tous les aspects du problème : disponibilité et accessibilité aux semences améliorées, aux engrais et aux intrants agricoles, maîtrise de l’eau, organisation des filières de conservation, de transformation et de commercialisation, mécanisme de stabilisation des prix à travers des stocks de sécurité afin de garantir des prix rémunérateurs aux producteurs, formation et encadrement du monde paysan et des producteurs, diversification de la production, réhabilitation des pistes rurales, etc.

Pour ce qui est des aides et ressources financières provenant des partenaires internationaux, l’Union européenne en particulier, il faut distinguer deux aspects. D’abord les reliquats des FED précédents, 6ième ,7ième et 9ième dont une partie a permis la bonne organisation des élections législatives, tandis que l’autre partie est allouée aux secteurs tels que l’appui institutionnel à l’Etat togolais qui bénéficiera entre autres à la nouvelle Assemblée Nationale afin que les députés puissent disposer d’assistants parlementaires, légiférer et contrôler l’action de l’exécutif dans de meilleures conditions, à la Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication et à la Commission Nationale des Droits de l’Homme ; le Projet l’Aménagement Urbain du Togo (PAUT) à travers l’assainissement, l’évacuation des eaux pluviales et le pavage de rues dans Lomé et les chefs lieux de régions ; la réforme judiciaire via le Programme National de Modernisation de la Justice ainsi que l’apurement des arriérés auprès de la Banque européenne d’investissement.

Ensuite le 10ième FED que le gouvernement a signé en mai dernier de manière accélérée et avant même certains Etats africains, et qui n’est pas encore totalement en vigueur parce que certains Etats membres des ACP n’ont pas encore ratifié les Accords de Cotonou révisés qui régulent les relations avec l’union européenne.

A ces deux fonds s’ajoutent les ressources Stabex dédiées aux secteurs prioritaires dans les domaines des pistes rurales, l’hydraulique villageoise, l’amélioration des revenus des producteurs de coton, de café et de cacao et le soutien aux groupements et fédérations des producteurs de coton et de café-cacao.

Les choses iraient plus vite en terme d’exécution des projets et de satisfaction rapide aux attentes des populations si le Togo bénéficiait des appuis budgétaires. Ce n’est pas encore le cas et nous menons les actions nécessaires pour y parvenir C’est dans cette optique d’ailleurs que s’inscrivent les efforts d’assainissement des finances publiques que le gouvernement déploie. En dépit des impatiences et des inquiétudes des Togolais, que je trouve tout à fait légitimes, le rôle d’un gouvernement consiste aussi à éviter la démagogie et le populisme. La plupart des réformes et des mesures engagées par le gouvernement, y compris celles initiées avec les aides extérieures sont d’ordre structurel et elles ne pourraient produire des résultats palpables sur le vécu quotidien de la population qu’à moyen et long terme. Si ces efforts ne sont pas consentis aujourd’hui pour assainir les finances publiques, apurer les arriérés, désendetter l’Etat et retrouver les capacités d’action et des marges de manoeuvre, c’est un sacrifice autrement plus lourd et insupportable qui pèsera demain sur notre pays et ceux qui auraient la charge de conduire à sa destinée comme nous le faisons en ce moment en apurant le passif hérité des années de crise et de querelles dévastatrices.

Togoforum : Comment pensez-vous assainir M. le ministre les finances publiques á un moment où la corruption sévit á tous les degrés de l’administration et surtout que le Togo reste l’un des rares pays sans cours des comptes ?
Mr Gilbert Bawara :
Je pense qu’il faut avoir de la mesure dans les appréciations. La corruption est une réalité au Togo comme dans beaucoup d’autres pays en Afrique et dans le monde. Mais il y’a des efforts qui sont entrain d’être faits. Les récents textes adoptés en conseil de ministre concernant la mise en place d’une inspection générale des finances s’inscrivent dans cette logique et toutes les dispositions sont prises en vue de l’installation effective de la Cour des Comptes aussitôt que possible. Le programme de modernisation de la justice permettra à notre pays de disposer d’un arsenal pour sévir efficacement contre ce fléau. Dans le processus de réengagement avec la Banque mondiale, le FMI et la BAD, nous avons convenu de diverses mesures de restructuration et de redressement des sociétés d’Etat dont les organes sociaux tels que les Conseils de surveillance et les conseils d’administration doivent jouer pleinement leur rôle et détecter d’éventuels carences et malversations. Peut-être que sur cette question précise, notre pays est victime si j’ose dire d’un Président extrêmement démocrate, épris des principes de l’Etat de droit et respectueux des prérogatives dévolues de par les lois de la république à d’autres institutions et organes. Chaque institution et entité doit jouer pleinement sa partition, aussi bien la société civile que l’Assemblée nationale. Je suis convaincu que le président Faure n’hésitera pas à sévir avec la plus grande fermeté et rigueur s’il advenait des actes avérés de mauvaise gestion, de dilapidation ou de détournement des deniers publics, mais il faut se garder d’accorder crédit aux délations et aux tentatives de dénigrements infondés parfois inspirées par la malveillances et la volonté de jeter la dignité d’honnêtes gens en pâture. Les mesures que le président Faure a annoncées récemment dans un discours lu par le premier ministre me paraît constituer une approche très efficace dans la mesure où le mécanisme préconisé inclura des membres de la société civile dont personne ne peut douter de la probité.

Togoforum : Les togolais voient d’un mauvais œil la commission ad hoc crée par Faure pour les crimes économiques á causes des membres qui, il paraîtrait sont des proches á lui…
M.Gilbert Bawara : A ma connaissance il n’y aucune commission de cette nature qui ait été créée.

Togoforum : A notre connaissance á Togoforum il y a une commission créée que dirige le ministre Pascal Bodjona.
Mr Gilbert Bawara : Il s’agit plutôt d’une structure ad hoc de coordination instituée par le premier ministre pour se pencher sur la question brûlante des infrastructures routières et le problème d’assainissement, d’évacuation des eaux pluviales et de gestion des ordures et des déchets solides dans la capitales et dans d’autres localités du Togo. C’est un acte normal et ordinaire qui doit permettre de diagnostiquer les causes des lenteurs et des difficultés constatées sur certains projets et pour réfléchir aux mécanismes et aux moyens nécessaires pour répondre aux urgences et aux points critiques dans ces secteurs. C’est l’amorce d’un processus de renforcement des efforts de coordination et d’harmonisation sectorielles qui s’étendra à d’autres domaines de l’action gouvernementale.

Les effets catastrophiques des récentes inondations nécessitent des solutions qui outrepassent les attributions d’un seul ministère. Il faut donc favoriser des synergies et la mise en commun des réflexions ainsi que la rationalisation des modestes moyens dont l’Etat dispose. Pour susciter un élan de mobilisation nationale et internationale autour des catastrophes naturels et des désastres qui nous accablent le gouvernement doit montrer la voie en se mobilisant dans sa totalité.

Togoforum : Bien que vous nous aviez lors d’une interview dit que le président Faure s’atelait à mettre une Cour des comptes en place, force est de constater que depuis rien n’a été fait…
Mr Gilbert Bawara : Je puis vous assurer que la volonté et la détermination du président Faure ne souffrent d’aucun doute. Le problème est qu’il y a des préalables juridiques, logistiques et techniques à la mise en place de cette institution importante et la précipitation dans ce cas pourrait être mauvaise conseillère. C’est un ensemble de mesures qui sont en train d’être étudiées si elles n’ont pas été déjà prises pour assurer une gestion saine, transparente et efficace des ressources publiques. J’ai déjà évoqué l’inspection générale des finances ; mais il convient d’y ajouter la réforme en cours du système de passation des marchés publics tout comme la perspective de révision du code des investissements.

Togoforum : Pour avoir dirigé pendant 40 années le Togo, le RPT prendra t-il  le risque de traduire dans les faits les décisions de la justice en mettant sous verrous ces propres cadres ?
Mr Gilbert Bawara :
C’est une polémique inutile à éviter. Certains veulent jeter le discrédit sur le RPT en oubliant que le multipartisme est arrivé au Togo seulement depuis 1990 et qu’avant cette date, presque tous les acteurs politiques exceptés probablement certains responsables de l’UFC ont participé à la gestion du pays à des postes de responsabilité de premier plan. Après la conférence nationale dite souveraine, dont les dérapages sont en grande partie imputables à l’opposition dite radicale inspirée par l’UFC, les Togolais savent la gestion calamiteuse et désastreuse qui a été faite de notre pays. Ayons l’honnêteté de reconnaître ce qui a été bien fait avant 1990. Et avec beaucoup de discernement et d’humilité, cherchons à corriger ce qui a été défaillant. A la suite de la conférence nationale dite souveraine où tout le monde s’était évertué à instruire le procès du RPT et du Père de la Nation feu Gnassingbé Eyadema, le pays a été dirigé de manière catastrophique et l’expérience de la réalité du pouvoir s’est soldée par un bilan négatif. Les responsables de l’opposition de l’époque ont contribué, à travers la grève générale et illimitée à casser les reins à l’économie togolaise et les séquelles de cette grève, de la dilapidation du patrimoine national et du bradage des sociétés d’Etat persistent à ce jour. Je ne dis pas non plus que le RPT soit blanc comme neige car il y a eu des ratés et des insuffisances comme dans toute œuvre humaine. Je dis simplement que nous devons veiller à préserver et consolider ce qui a bien marché mais aussi reconnaître ce qui a mal fonctionné pour ne plus commettre les mêmes erreurs.

Togoforum : Vous auriez dit que les reformes institutionnelles et constitutionnelles ne constituent pas une priorité ?
Mr Gilbert Bawara :
Si vous quittez un peu les salons feutrés de Lomé et que vous essayez de sonder les populations des profondeurs du Togo sur les enjeux et les défis de l’heure, vous serez probablement étonné de constater que les questions politiques n’occupent pas les esprits. Tout á l’heure vous m’aviez dit, Mr Ali, que nous allions plutôt parler de l’économie et du développement parce que c’est cela la priorité véritable du Togo et des togolais. Les préoccupations du peuple concernent la cherté de la vie, la flambée des prix de produits de première nécessité, la nécessité de construire les infrastructures routières, d’assainir nos villes, d’assurer la gestion des ordures, d’améliorer l’accès á l’eau potable, d’améliorer les conditions d’accès à l’éducation et á la santé, les problèmes d’inondations, voilà ce que moi je crois être les priorités du moment. Tout en ne niant pas qu’il faille attaquer aussi le volet des reformes politiques et institutionnelles, je dis simplement qu’il faut mettre plus d’accent sur les priorités sociales et économiques que je viens d’énumérer, placer le curseur au bon endroit. Si les débats politiques pouvaient nourrir les Togolais, nul doute que nous serions un des pays les plus nantis au regard du nombre impressionnant de palabres et de polémiques politiques qui surgissent opportunément à l’approche de chaque échéance majeure.

Togoforum : Dans son discours á l’ouverture du congrès de son parti, Mr Olympio dit qu’il faut des reformes qui permettent á tous d’être éligible. Son secrétaire Jean-Pierre Fabre chez nos confrères de Jeune Afrique pense qu’il faut purement et simplement revenir á l’ancien cadre électoral. Qu’en dites-vous ?
Mr Gilbert Bawara : Chaque jour qui passe, les Togolais se rendent comptent que nous faisons face à deux choix possibles : tirer les leçons de nos errements et difficultés du passé mais mobiliser nos énergie et nos efforts pour redresser le pays et assurer des progrès dans le développement et le bien-être des populations dans un esprit de tolérance, de respect mutuel et de rassemblement ; ou alors persister dans les querelles et les divisions et s’engouffrer, sous prétexte de changement, dans les ténèbres en suivant un chemin incertain. Depuis 2005, le président Faure nous montre et dessine la voie de l’avenir, alors que certains s’efforcent avec obstination à nous plonger gans une sorte d’hibernation dans le passé dont on sait qu’il fut parsemé de larmes et de désolation. Vous savez, à l’instar de la grande majorité des togolais, nés après les années d’indépendance, je suis mal placé pour comprendre quelque chose à certains discours qui refusent le chemin de l’avenir par fidélité à leur héritage biologique et politique. N’étant ni descendant ni allié aux familles de ceux qui se disent nationalistes, je ne saurais vous dire ce que signifie exactement les « ablodé gbadja » qu’on nous ressasse à longueur de temps, même s’il est établi que l’UFC s’adresse plus particulièrement à une partie du pays et à une fraction de notre population. Comme tout le monde le sait maintenant, le RPT démontre chaque jour que nous demeurons un parti politique de dialogue, d’ouverture et de compromis. Face aux immenses défis de notre pays, aucune énergie ne sera de trop. Chacun doit pouvoir trouver sa place et apporter sa contribution.

Togoforum : Comment pensez-vous redresser le pays en écartant d’autres concitoyens qui vous font ombrage ?
Mr Gilbert Bawara :
Vous n’allez tout de même pas demander aux togolais de modifier la constitution pour accommoder la multitude de préoccupations individuelles. Vu le concert de réprobation, de protestation et de contestation qui a souvent accompagné les modifications constitutionnelles dans notre pays lorsque ces dernières visaient à satisfaire des intérêts individuels ou partisans, il faudrait désormais s’entourer de toutes les précautions et éviter une reproduction des mêmes erreurs. Je constate que l’UFC a souvent été à l’avant-garde de ces luttes et des condamnations contre les toilettages indus de la loi fondamentale et sur ce point précis nous avons une parfaite convergence de vues. Ce que de nombreux togolais ont désapprouvé hier ne devrait pas subitement devenir la voie de salut à suivre aujourd’hui. Cela n’exclut en rien des modifications constitutionnelles dans notre pays, mais à conditions que les objectifs soient plus nobles que les revendications totalement individuelles et partisanes et que le respect de la démocratie soit pleinement soit assuré car une révision constitutionnelle ne pourrait s’opérer à travers des combines et des arrangements entre les appareils politiques.

Togoforum : Il paraîtrait que la constitution fut modifiée pour plaire aux préoccupations individuelles de feu Gnassingbé Eyadema ?
Mr Gilbert Bawara :
Ce fut probablement une erreur et c’est justement pourquoi, à titre personnel, je ne souhaite pas la répétition d’un tel événement. Il faut savoir se garder de répéter les expériences hasardeuses et inappropriées. S’il y a une constitution originelle sur laquelle il faudrait éventuellement retourner, je crois que cela doit être celle du Père de l’Indépendance, à savoir la constitution de 1961 qui sied au contexte togolais. On nous parle chaque fois de la Conférence Nationale Souveraine qui aurait accouché d’une constitution, sans nous dire quelle était la représentativité de cette assise qui a véritablement consacré une cassure du pays. Des familles entières avaient phagocyté cette assise au détriment d’autres régions du pays et du RPT et cela est un fait d’évidence que personne ne nie.


Togoforum : Il paraîtrait que la constitution a été modifiée pour se conformer aux desideratas d’un certain président du RPT aujourd’hui décédé ?
Mr Gilbert Bawara :
Si les togolais considèrent que ces modifications n’étaient pas une bonne chose, pourquoi voulez vous que nous reproduisions la même erreur ?

Togoforum : Il y a les critères de résidence, les critères d’âges…

Mr Gilbert Bawara :
Je constate que M. Olympio est très fréquent actuellement au Togo parce que le prétexte sécuritaire qu’il avait l’habitude d’invoquer n’est plus d’actualité. Lui même le reconnaît. A mon sens, s’il continue à être régulier au Togo et qu’il y dispose d’une adresse et d’un point d’attache, il ne devrait pas y avoir de problème concernant le critère de résidence. Quant à la condition de nationalité, il appartient à tout togolais qui jouirait d’une autre nationalité ou d’autres nationalités d’y renoncer par un acte volontaire. C’est la moindre des choses à laquelle l’on devrait s’attendre de la part de quiconque postule à la plus haute charge de l’Etat. Je ne connais pas beaucoup de pays qui dérogent à une telle règle élémentaire. Et des expérience nous instruisent suffisamment sur les conséquences de tout laxisme en la matière, si vous regardez ce qui s’est passé au Pérou avec M. Fujimori.

Togoforum : L’exemple ivoirien sur les critères d’éligibilité est encore vivant en Afrique. Par un sursaut républicain ne serait-ce pas judicieux que la classe politique règle définitivement ce problème au Togo ?
Mr Gilbert Bawara : Tous les togolais peuvent  briguer la magistrature suprême en respectant les dispositions constitutionnelles en vigueur. La constitution togolaise comme toutes les autres au monde est faite pour être respectée. Le cas togolais est totalement différent de la situation ivoirienne à laquelle vous faite référence. Il n’est pas interdit au candidat à la fonction de président de la république de s’être prévalu d’une autre nationalité.

Togoforum : Parce que le cas Olympio refait surface chaque fois qu’il y a une élection présidentielle au Togo ?
Mr Gilbert Bawara :
La constitution togolaise, en l’état actuel, est très claire sur les conditions d’éligibilité et c’est seulement les juges de la Cour constitutionnelle qui disposent du pouvoir d’interprétation. Il appartient à chacun d’être conséquent par rapport aux lois de la république, qu’on les aime ou non. 

Togoforum : Le RPT aussi bien que regorgeant des personnalités préfèrent toujours les Gnassingbé…
Mr Gilbert Bawara : Non ! Faure n’est pas président du Togo parce que il se nomme  Gnassingbé mais en raison de ses qualités personnelles et du projet dont il est porteur. Il faut qu’on cesse de donner du Togo l’imagine d’un pays où s’affrontent politiquement deux familles.

Togoforum : Apparemment c’est ce que les togolais voient depuis leur indépendance…
Mr Gilbert Bawara : La voix de chaque togolais compte et au RPT on ne se préoccupe pas en ce moment d’une échéance qui interviendra dans plus d’une année. Les énergies au RPT sont totalement mobilisées pour aider le Président Faure, inspirer et soutenir l’action du gouvernement afin que nous puissions répondre aux besoins et préoccupations réels que les Togolais expriment. Ce serait indécent, à ce stade, de se distraire sur les questions de candidature.

Togoforum : Le journaliste que je suis a le droit  á la curiosité et le droit de supposer. En plus il y a les paroles d’honneur non respectées de feu Gnassingbé …
Mr Gilbert Bawara :
Pour le moment, la préoccupation essentielle du président de la république est de savoir comment lutter contre la crise alimentaire et la crise énergique au Togo, de résorber le problème de la hausse des prix de produits de première nécessité, de relancer l’économie nationale et crée des emplois pour la jeunesse, de trouver des solutions rapides aux questions de la santé maternelle et infantile ; voilà les préoccupations essentielles.

 
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UFC: Causerie avec Monsieur Elliot Ohin, Représentant de l’Union des Forces de Changement (UFC) en Amérique du Nord
Réponses du Professeur Léopold M. GNININVI, SG de la CDPA, aux questions de Togoforum
Entretien de togoforum avec M. Alex BINIZI, SG de l’A.P.U.A.-FRD
Péré: Désormais, avec le parti qui naît, les choses ne font que commencer et tout espoir est permis. Que Dieu bénisse et protège le Togo !
Causerie avec le Prof. Ayayi Togoata APEDO-AMAH, Secrétaire Général de la LTDH
Interview exclusive de Me Dégli au "Forum de la Semaine"
Les dernières élections belges et européennes analysées par Monsieur Labitey Combey Vioto
Quel bilan de 13 ans de lutte pour la démocratie au Togo et quelles perspectives d'avenir? Maître  Sitti analyse
Après les Elections Présidentielles du 1er juin 2003, M. Dahuku Péré s'entretient avec togoforum
Gilchrist Olympio s'entretient avec RFI après le rejet de sa candidature
Laurent Lawson du CTSD
Le Journaliste Abass M. S
sur la presse privée au Togo
Apédo-Amah dissèque la politique togolaise et ses acteurs
Regard croisé sur le théâtre en Afrique
Causerie avec Elizabeth Bouetard
Entretien avec La Compagnie "Le Roseau du Burkina Faso
Interview avec le Porte-Parole du PSR, le Professeur Wolu Kouami
Un éclairage  sur les questions monétaires actuelles avec le Professeur Jérémie Mbow KADOUMTA
Entretien avec l'avocat de M. Agboyibo, Me Kodjo APEVON
Interview accordée par Monsieur Bassirou Ayéva
 
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