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Togoforum: Les inondations bien
qu'étant une catastrophe naturelle ont montré aux dires des togolais les
limites et l'incapacité de Faure et de Mally. Pourquoi n'avez-vous pas tirez
les leçons des inondations de 2007 au nord du Togo?
G Bawara :
Je voudrais d'abord remercier Togoforum pour l’opportunité qu’il m’offre d’éclairer
l’opinion sur les récentes évolutions au Togo, surtout sur le plan
économique.
Pour répondre à votre
question, voyons:
Vous-même, vous parlez de catastrophe naturelle, c’est-à-dire hors du
contrôle de la volonté humaine et vous cherchez néanmoins à en attribuer la
responsabilité aux pouvoirs publics. Je ne crois pas que les inondations que
nous subissons auraient épargné notre pays et contourné nos frontières si
d’autres avaient été aux commandes de l’Etat. Le gouvernement dans sa
totalité, sous l’autorité du président Faure Gnassingbé et du premier
ministre Mally a travaillé d’arrache pieds pour assurer les sauvetages et
les secours.
A ce jours, la plus grande partie de l’assistance, en vivres, soins médicaux
et abris et sites d’hébergement a été entièrement prise en charge par l’Etat
togolais, même si nous commençons à recevoir de l’aide de la part des pays
amis et des agences du système des nations unies. Et dès que les premières
urgences ont commencé à progresser, des mesures énergiques ont été prises en
conseil de ministres pour dissoudre le FER (Fonds d'Entretien Routier) et
créer de nouvelles structures capables d’améliorer la qualité des
prestations en matière de construction ou de réhabilitation des routes et
pistes. De même des mesures sont envisagées pour délimiter clairement les
zones inondables et donc non-contructibles.
Chacun devra assumer sa part de responsabilité, aussi bien l’Etat en étant
plus rigoureux et intransigeant en matière d’urbanisme et d’attribution des
titres fonciers que les citoyens en évitant de s’installer dans des zones
manifestement impossibles à aménager. Je ne comprends pas pourquoi certains
cherchent à polémiquer et à instrumentaliser un phénomène naturel à des fins
partisanes et politiques, alors même que les pertes en vies humaines et les
autres dégâts, y compris la situation de désolation des sinistrés devraient
inciter à plus de décences et de retenue !
Togoforum:
Curieusement il revenait au génie militaire ghanéen de sauver les
togolais...
Bawara :
Quel est l’inconvénient à faire appel à l’aide et à la solidarité nationale
et internationale lorsque l’on est confronté à ce genre de désastres ?
Surtout que le Togo sollicite cette assistance humanitaire dans des
proportions très modestes, comparativement à certains pays qui pour des
situations infiniment moins inquiétantes recourent systématiquement à des
appels de fonds en direction des partenaires extérieurs. Le gouvernement et
le peuple togolais sont liés au Ghana et à la France par des relations très
intenses et privilégiées, legs de notre histoire commune. C’est dans des
moments de difficultés que l’on sait compter les vrais amis. Nous sommes
donc reconnaissants aux armées ghanéennes et françaises et aux gouvernements
de ces deux pays pour leur diligente réaction et leurs contributions très
appréciables.
Togoforum:
Dans les pays dits sérieux on prévoit pour 5 où 10 années. On parle
par exemple de l'agenda 2015 en Allemagne. Quels sont vos plans futurs pour
éviter le rafistolage en matière de gestion d'une crise?
G Bawara :
La démagogie n’est pas mon point fort. Surtout au moment où les Togolais
prennent conscience de l’ampleur du délabrement des ouvrages et des
infrastructures routières qui doivent être reconstruits plutôt que bricolés,
il nous revient de faire preuve d’humilité et de réalisme en évitant des
promesses et engagements intenables. Tous les efforts seront déployés pour
améliorer, tant soi peu, l’état des routes et des ouvrages d’art. De
nombreux projets sont actuellement sous examens, même s’il faut déplorer la
lenteur et les retards dans leur démarrage effectif. L’une de mes priorités
aujourd’hui en tant que ministre de la coopération c’est justement de
parvenir à une amélioration et une simplification des procédures de mise en
œuvre des programmes et projets des partenaires, surtout en matière
d’infrastructures routières et des services sociaux de base.
Avant de commencer à parler des plans de développement à long terme, nous
nous efforçons de satisfaire en priorité les besoins immédiats des Togolais,
tout en conduisant de vastes réformes structurelles de fonds pour assainir
les finances publiques, améliorer et optimiser les recettes publiques et
ainsi recouvrer les marges de manœuvres pour déployer des actions de
développement de long terme. Les résultants tangibles que le Président Faure
a engrangés sur le plan politique et institutionnelle et dans le
renforcement des libertés publiques et de la réconciliation nationale, nous
avons la volonté et les capacités de le rééditer sur le plan économique et
social. S’il y avait une alternative pour satisfaire rapidement les attentes
des populations, nous l’aurions su et si d’autres togolais détiennent une
baguette magique et des solutions lumineuses, hé bien, qu’ils le disent.
Même si leurs solutions sont mises en œuvre par les gouvernants actuels, les
Togolais sauront toujours les inspirateurs !
Togoforum:
La table ronde prévue du 17au18 Septembre aux dires de certains est un
non événement. Pensez-vous que les donateurs vous ferons confiance á
Bruxelles dans un pays où les structures de contrôle sont inexistantes voire
la justice?
G Bawara : Vous semblez mieux maîtriser la préparation de
cette conférence des partenaires au développement que moi qui travaille
là-dessus depuis des mois, à moins que vous prêchiez le faux pour découvrir
le vrai. Aujourd’hui, le président Faure à restaurer, à travers la politique
d’ouverture et de réforme politique et à travers les mesures de renforcement
de l’Etat de droit, l’image et la crédibilité du Togo sur la scène
internationale. C’est fini le temps où certains pouvaient espérer continuer
à incriminer et discréditer avec succès leur propre pays et ses dirigeants
pour des motifs plutôt partisans. Les partenaires internationaux ont vite
décelé la sincérité des dirigeants togolais actuels dont le souci est avant
d’élargir le sillons des libertés et des droits de l’homme et de créer les
conditions permettant à tous les Togolais, où qu’ils se trouvent, de libérer
leurs énergies et aider à la réconciliation nationale et la reconstruction
du Togo. Nous n’allons pas à Bruxelles en quête d’argent mais avec
l’objectif de mieux expliquer le nouvel élan en cours au Togo, d’échanger
avec nos partenaires sur les orientations et les axes stratégiques proposés
dans la Stratégie intérimaire de réduction de la pauvreté mais aussi de
susciter plus d’intérêt concernant les actions prioritaires pouvant aider
notre pays à combler son retard. Je suis confiant sur le bon déroulement de
cette conférence qui n’est qu’une séquence dans une stratégie cohérente de
normalisation complète de nos relations avec les partenaires au
développement.
Togoforum :
M le ministre, les promesses inscrites dans les « Vingt Plus » du
président Faure lors de sa campagne restent en grande partie non réalisées.
Ensuite vient s’ajouter le problème de la cherté de la vie…
Mr
Gilbert Bawara :
Le président Faure est arrivé aux affaires dans
un contexte difficile de crispation, de tension et d’agitations
sociopolitiques dues aux violences et aux troubles qui avaient émaillées le
processus de son élection. La première phase de son mandat a donc consisté à
créer les conditions de l’apaisement de la vie nationale et de la relance du
dialogue avec les acteurs politiques et de la société civile, d’engager des
initiatives pour faire la lumière sur les actes de violence et les atteintes
aux droits de l’hommes survenues au cours du processus électoral, de prendre
les dispositions appropriées notamment avec la mise en place du Haut
Commissariat au Rapatriement et à l’Action Humanitaire pour favoriser le
retour au bercail de nos concitoyens qui avaient dû fuir au Ghana et au
Bénin voisins. C’est cette volonté d’ouverture et de dialogue et ce climat
de sérénité qui ont rendu possible la relance d’un dialogue politique fécond
et l’aboutissement de celui-ci à l’Accord Politique Global et à la mise en
place d’un gouvernement d’union nationale. Et c’est dans une atmosphère
inédite de calme, de sécurité, de consensus et de confiance mutuelle que
nous avons pu organiser des élections législatives apaisées, grâce à
l’entregent du président Faure et du premier ministre Agboyibo.
Parallèlement à ce processus politique, d’apaisement et de réconciliation
nationale, le président Faure et ses premiers ministres successifs se sont
attaqués à la réforme des secteurs porteurs de croissance, dont les impôts,
les douanes, la SOTOCO, les phosphates… avec les effets positifs que l’on
sait en terme d’apurements des arriérés de salaires et des impayés dus aux
cotonculteurs, le déblocage des effets financiers des avancements, le
paiement régulier des salaires, les intégrations, régularisations et
recrutements dans la fonction publique, l’augmentation cumulée des salaires
de 8% au total entre 2007 et 2008, le relèvement de l’âge de départ à la
retraite et les subventions des produits pétroliers et des engrais. Par
rapport au pessimisme et à la résignation ambiante qui prévalaient en 2005,
il s’agit là d’un bilan impressionnant auquel il faut ajouter les
perspectives ambitieuses et favorables qui découleront dans un proche avenir
de la relance de la coopération avec l’Union européenne et du réengagement
des institutions financières internationales. Je ne prétends que tout soit
rose au Togo, mais la voie est en train d’être tracée pour retrouver la
croissance et le bien-être des populations. Sur un point autrefois
controversée comme celui des droits de l’homme, le Togo est sans doute
aujourd’hui un pays pionnier et nettement en avance au regard des activités
que le bureau des Nations Unies aux droits de l’homme mène dans notre pays,
de la volonté farouche du président Faure de conduire à son terme le
processus de vérité-justice et réconciliation ainsi que des avancées en
matière de liberté d’opinion et de la presse.
Togoforum : M. le ministre les togolais ont faim. Si
vous voulez bien nous allons parler de cette priorité qui est l’économie.
Comment gérez-vous les aides, subventions, prêts que vous signez avec les
différents partenaires économiques ?
Mr Gilbert Bawara : Face à la crise alimentaire mondiale qui affecte
sévèrement l’Afrique, le président Faure et l’ensemble du gouvernement sont
totalement mobilisés pour la mise en place d’un Plan d’action d’urgence de
relance de la production agricole et tous les efforts sont actuellement
déployés pour mobiliser des ressources conséquentes pour la mise en œuvre
diligente de ce plan qui embrasse tous les aspects du problème :
disponibilité et accessibilité aux semences améliorées, aux engrais et aux
intrants agricoles, maîtrise de l’eau, organisation des filières de
conservation, de transformation et de commercialisation, mécanisme de
stabilisation des prix à travers des stocks de sécurité afin de garantir des
prix rémunérateurs aux producteurs, formation et encadrement du monde paysan
et des producteurs, diversification de la production, réhabilitation des
pistes rurales, etc.
Pour ce qui est des aides et ressources
financières provenant des partenaires internationaux, l’Union européenne en
particulier, il faut distinguer deux aspects. D’abord les reliquats des FED
précédents, 6ième ,7ième et 9ième dont une
partie a permis la bonne organisation des élections législatives, tandis que
l’autre partie est allouée aux secteurs tels que l’appui institutionnel à
l’Etat togolais qui bénéficiera entre autres à la nouvelle Assemblée
Nationale afin que les députés puissent disposer d’assistants parlementaires,
légiférer et contrôler l’action de l’exécutif dans de meilleures conditions,
à la Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication et à la
Commission Nationale des Droits de l’Homme ; le Projet l’Aménagement Urbain
du Togo (PAUT) à travers l’assainissement, l’évacuation des eaux pluviales
et le pavage de rues dans Lomé et les chefs lieux de régions ; la réforme
judiciaire via le Programme National de Modernisation de la Justice ainsi
que l’apurement des arriérés auprès de la Banque européenne d’investissement.
Ensuite le 10ième FED que le gouvernement a signé en mai dernier
de manière accélérée et avant même certains Etats africains, et qui n’est
pas encore totalement en vigueur parce que certains Etats membres des ACP
n’ont pas encore ratifié les Accords de Cotonou révisés qui régulent les
relations avec l’union européenne.
A ces deux fonds s’ajoutent les ressources Stabex dédiées aux secteurs
prioritaires dans les domaines des pistes rurales, l’hydraulique villageoise,
l’amélioration des revenus des producteurs de coton, de café et de cacao et
le soutien aux groupements et fédérations des producteurs de coton et de
café-cacao.
Les choses iraient plus vite en terme d’exécution des projets et de
satisfaction rapide aux attentes des populations si le Togo bénéficiait des
appuis budgétaires. Ce n’est pas encore le cas et nous menons les actions
nécessaires pour y parvenir C’est dans cette optique d’ailleurs que
s’inscrivent les efforts d’assainissement des finances publiques que le
gouvernement déploie. En dépit des impatiences et des inquiétudes des
Togolais, que je trouve tout à fait légitimes, le rôle d’un gouvernement
consiste aussi à éviter la démagogie et le populisme. La plupart des
réformes et des mesures engagées par le gouvernement, y compris celles
initiées avec les aides extérieures sont d’ordre structurel et elles ne
pourraient produire des résultats palpables sur le vécu quotidien de la
population qu’à moyen et long terme. Si ces efforts ne sont pas consentis
aujourd’hui pour assainir les finances publiques, apurer les arriérés,
désendetter l’Etat et retrouver les capacités d’action et des marges de
manoeuvre, c’est un sacrifice autrement plus lourd et insupportable qui
pèsera demain sur notre pays et ceux qui auraient la charge de conduire à sa
destinée comme nous le faisons en ce moment en apurant le passif hérité des
années de crise et de querelles dévastatrices.
Togoforum : Comment pensez-vous assainir M. le ministre
les finances publiques á un moment où la corruption sévit á tous les degrés
de l’administration et surtout que le Togo reste l’un des rares pays sans
cours des comptes ?
Mr Gilbert Bawara :
Je pense qu’il faut avoir de la mesure dans les appréciations. La corruption
est une réalité au Togo comme dans beaucoup d’autres pays en Afrique et dans
le monde. Mais il y’a des efforts qui sont entrain d’être faits. Les récents
textes adoptés en conseil de ministre concernant la mise en place d’une
inspection générale des finances s’inscrivent dans cette logique et toutes
les dispositions sont prises en vue de l’installation effective de la Cour
des Comptes aussitôt que possible. Le programme de modernisation de la
justice permettra à notre pays de disposer d’un arsenal pour sévir
efficacement contre ce fléau. Dans le processus de réengagement avec la
Banque mondiale, le FMI et la BAD, nous avons convenu de diverses mesures de
restructuration et de redressement des sociétés d’Etat dont les organes
sociaux tels que les Conseils de surveillance et les conseils
d’administration doivent jouer pleinement leur rôle et détecter d’éventuels
carences et malversations. Peut-être que sur cette question précise, notre
pays est victime si j’ose dire d’un Président extrêmement démocrate, épris
des principes de l’Etat de droit et respectueux des prérogatives dévolues de
par les lois de la république à d’autres institutions et organes. Chaque
institution et entité doit jouer pleinement sa partition, aussi bien la
société civile que l’Assemblée nationale. Je suis convaincu que le président
Faure n’hésitera pas à sévir avec la plus grande fermeté et rigueur s’il
advenait des actes avérés de mauvaise gestion, de dilapidation ou de
détournement des deniers publics, mais il faut se garder d’accorder crédit
aux délations et aux tentatives de dénigrements infondés parfois inspirées
par la malveillances et la volonté de jeter la dignité d’honnêtes gens en
pâture. Les mesures que le président Faure a annoncées récemment dans un
discours lu par le premier ministre me paraît constituer une approche très
efficace dans la mesure où le mécanisme préconisé inclura des membres de la
société civile dont personne ne peut douter de la probité.
Togoforum : Les togolais voient d’un mauvais œil la commission
ad hoc crée par Faure pour les crimes économiques á causes des membres qui, il paraîtrait sont des proches á lui…
M.Gilbert Bawara :
A ma connaissance il n’y aucune commission de cette nature qui ait été créée.
Togoforum : A notre connaissance á Togoforum il y a une
commission créée que dirige le ministre Pascal Bodjona.
Mr Gilbert Bawara : Il s’agit plutôt d’une structure ad hoc de
coordination instituée par le premier ministre pour se pencher sur la
question brûlante des infrastructures routières et le problème
d’assainissement, d’évacuation des eaux pluviales et de gestion des ordures
et des déchets solides dans la capitales et dans d’autres localités du Togo.
C’est un acte normal et ordinaire qui doit permettre de diagnostiquer les
causes des lenteurs et des difficultés constatées sur certains projets et
pour réfléchir aux mécanismes et aux moyens nécessaires pour répondre aux
urgences et aux points critiques dans ces secteurs. C’est l’amorce d’un
processus de renforcement des efforts de coordination et d’harmonisation
sectorielles qui s’étendra à d’autres domaines de l’action gouvernementale.
Les effets catastrophiques des récentes
inondations nécessitent des solutions qui outrepassent les attributions d’un
seul ministère. Il faut donc favoriser des synergies et la mise en commun
des réflexions ainsi que la rationalisation des modestes moyens dont l’Etat
dispose. Pour susciter un élan de mobilisation nationale et internationale
autour des catastrophes naturels et des désastres qui nous accablent le
gouvernement doit montrer la voie en se mobilisant dans sa totalité.
Togoforum : Bien que vous nous aviez lors d’une
interview dit que le président Faure s’atelait à mettre une Cour des
comptes en place, force est de constater que depuis rien n’a été fait…
Mr Gilbert Bawara :
Je puis vous assurer que la volonté et la détermination du président Faure
ne souffrent d’aucun doute. Le problème est qu’il y a des préalables
juridiques, logistiques et techniques à la mise en place de cette
institution importante et la précipitation dans ce cas pourrait être
mauvaise conseillère. C’est un ensemble de mesures qui sont en train d’être
étudiées si elles n’ont pas été déjà prises pour assurer une gestion saine,
transparente et efficace des ressources publiques. J’ai déjà évoqué
l’inspection générale des finances ; mais il convient d’y ajouter la réforme
en cours du système de passation des marchés publics tout comme la
perspective de révision du code des investissements.
Togoforum : Pour avoir dirigé pendant 40 années le Togo,
le RPT prendra t-il le risque de traduire dans les faits les décisions de
la justice en mettant sous verrous ces propres cadres ?
Mr Gilbert Bawara :
C’est une polémique inutile à éviter. Certains veulent jeter le discrédit
sur le RPT en oubliant que le multipartisme est arrivé au Togo seulement
depuis 1990 et qu’avant cette date, presque tous les acteurs politiques
exceptés probablement certains responsables de l’UFC ont participé à la
gestion du pays à des postes de responsabilité de premier plan. Après la
conférence nationale dite souveraine, dont les dérapages sont en grande
partie imputables à l’opposition dite radicale inspirée par l’UFC, les
Togolais savent la gestion calamiteuse et désastreuse qui a été faite de
notre pays. Ayons l’honnêteté de reconnaître ce qui a été bien fait avant
1990. Et avec beaucoup de discernement et d’humilité, cherchons à corriger
ce qui a été défaillant. A la suite de la conférence nationale dite
souveraine où tout le monde s’était évertué à instruire le procès du RPT et
du Père de la Nation feu Gnassingbé Eyadema, le pays a été dirigé de manière
catastrophique et l’expérience de la réalité du pouvoir s’est soldée par un
bilan négatif. Les responsables de l’opposition de l’époque ont contribué, à
travers la grève générale et illimitée à casser les reins à l’économie
togolaise et les séquelles de cette grève, de la dilapidation du patrimoine
national et du bradage des sociétés d’Etat persistent à ce jour. Je ne dis
pas non plus que le RPT soit blanc comme neige car il y a eu des ratés et
des insuffisances comme dans toute œuvre humaine. Je dis simplement que nous
devons veiller à préserver et consolider ce qui a bien marché mais aussi
reconnaître ce qui a mal fonctionné pour ne plus commettre les mêmes erreurs.
Togoforum : Vous auriez dit que les reformes
institutionnelles et constitutionnelles ne constituent pas une priorité ?
Mr Gilbert Bawara :
Si vous quittez un peu les salons feutrés de Lomé et que vous essayez de sonder les populations des profondeurs du Togo sur les enjeux et les défis
de l’heure, vous serez probablement étonné de constater que les questions
politiques n’occupent pas les esprits. Tout á l’heure vous m’aviez dit, Mr
Ali, que nous allions plutôt parler de l’économie et du développement parce
que c’est cela la priorité véritable du Togo et des togolais. Les
préoccupations du peuple concernent la cherté de la vie, la flambée des prix
de produits de première nécessité, la nécessité de construire les
infrastructures routières, d’assainir nos villes, d’assurer la gestion des
ordures, d’améliorer l’accès á l’eau potable, d’améliorer les conditions
d’accès à l’éducation et á la santé, les problèmes d’inondations, voilà ce
que moi je crois être les priorités du moment. Tout en ne niant pas qu’il
faille attaquer aussi le volet des reformes politiques et institutionnelles,
je dis simplement qu’il faut mettre plus d’accent sur les priorités sociales
et économiques que je viens d’énumérer, placer le curseur au bon endroit. Si
les débats politiques pouvaient nourrir les Togolais, nul doute que nous
serions un des pays les plus nantis au regard du nombre impressionnant de
palabres et de polémiques politiques qui surgissent opportunément à
l’approche de chaque échéance majeure.
Togoforum : Dans son discours á l’ouverture du congrès
de son parti, Mr Olympio dit qu’il faut des reformes qui permettent á tous
d’être éligible. Son secrétaire Jean-Pierre Fabre chez nos confrères de
Jeune Afrique pense qu’il faut purement et simplement revenir á l’ancien cadre électoral.
Qu’en dites-vous ?
Mr Gilbert Bawara : Chaque jour qui passe, les Togolais se rendent
comptent que nous faisons face à deux choix possibles : tirer les leçons de
nos errements et difficultés du passé mais mobiliser nos énergie et nos
efforts pour redresser le pays et assurer des progrès dans le développement
et le bien-être des populations dans un esprit de tolérance, de respect
mutuel et de rassemblement ; ou alors persister dans les querelles et les
divisions et s’engouffrer, sous prétexte de changement, dans les ténèbres en
suivant un chemin incertain. Depuis 2005, le président Faure nous montre et
dessine la voie de l’avenir, alors que certains s’efforcent avec obstination
à nous plonger gans une sorte d’hibernation dans le passé dont on sait qu’il
fut parsemé de larmes et de désolation. Vous savez, à l’instar de la grande
majorité des togolais, nés après les années d’indépendance, je suis mal
placé pour comprendre quelque chose à certains discours qui refusent le
chemin de l’avenir par fidélité à leur héritage biologique et politique.
N’étant ni descendant ni allié aux familles de ceux qui se disent
nationalistes, je ne saurais vous dire ce que signifie exactement les « ablodé
gbadja » qu’on nous ressasse à longueur de temps, même s’il est établi que
l’UFC s’adresse plus particulièrement à une partie du pays et à une fraction
de notre population. Comme tout le monde le sait maintenant, le RPT démontre
chaque jour que nous demeurons un parti politique de dialogue, d’ouverture
et de compromis. Face aux immenses défis de notre pays, aucune énergie ne
sera de trop. Chacun doit pouvoir trouver sa place et apporter sa
contribution.
Togoforum : Comment pensez-vous redresser le pays en écartant
d’autres concitoyens qui vous font ombrage ?
Mr Gilbert Bawara :
Vous n’allez tout de même pas demander aux togolais de modifier la
constitution pour accommoder la multitude de préoccupations individuelles.
Vu le concert de réprobation, de protestation et de contestation qui a
souvent accompagné les modifications constitutionnelles dans notre pays
lorsque ces dernières visaient à satisfaire des intérêts individuels ou
partisans, il faudrait désormais s’entourer de toutes les précautions et
éviter une reproduction des mêmes erreurs. Je constate que l’UFC a souvent
été à l’avant-garde de ces luttes et des condamnations contre les
toilettages indus de la loi fondamentale et sur ce point précis nous avons
une parfaite convergence de vues. Ce que de nombreux togolais ont
désapprouvé hier ne devrait pas subitement devenir la voie de salut à suivre
aujourd’hui. Cela n’exclut en rien des modifications constitutionnelles dans
notre pays, mais à conditions que les objectifs soient plus nobles que les
revendications totalement individuelles et partisanes et que le respect de
la démocratie soit pleinement soit assuré car une révision constitutionnelle
ne pourrait s’opérer à travers des combines et des arrangements entre les
appareils politiques.
Togoforum : Il paraîtrait que la constitution fut modifiée pour
plaire aux préoccupations individuelles de feu Gnassingbé Eyadema ?
Mr Gilbert Bawara : Ce fut probablement une erreur et c’est
justement pourquoi, à titre personnel, je ne souhaite pas la répétition d’un
tel événement. Il faut savoir se garder de répéter les expériences
hasardeuses et inappropriées. S’il y a une constitution originelle sur
laquelle il faudrait éventuellement retourner, je crois que cela doit être
celle du Père de l’Indépendance, à savoir la constitution de 1961 qui sied
au contexte togolais. On nous parle chaque fois de la Conférence Nationale
Souveraine qui aurait accouché d’une constitution, sans nous dire quelle
était la représentativité de cette assise qui a véritablement consacré une
cassure du pays. Des familles entières avaient phagocyté cette assise au
détriment d’autres régions du pays et du RPT et cela est un fait d’évidence
que personne ne nie.
Togoforum : Il paraîtrait que la constitution a été modifiée pour se
conformer aux desideratas d’un certain président du RPT aujourd’hui décédé ?
Mr Gilbert Bawara :
Si les togolais considèrent que ces modifications n’étaient pas une bonne
chose, pourquoi voulez vous que nous reproduisions la même erreur ?
Togoforum : Il y a les critères de résidence, les critères
d’âges…
Mr Gilbert Bawara :
Je constate que M. Olympio est très fréquent actuellement au Togo parce que
le prétexte sécuritaire qu’il avait l’habitude d’invoquer n’est plus
d’actualité.
Lui même le reconnaît. A mon sens, s’il continue à être régulier au Togo et
qu’il y dispose d’une adresse et d’un point d’attache, il ne devrait pas y
avoir de problème concernant le critère de résidence. Quant à la condition
de nationalité, il appartient à tout togolais qui jouirait d’une autre
nationalité ou d’autres nationalités d’y renoncer par un acte volontaire.
C’est la moindre des choses à laquelle l’on devrait s’attendre de la part de
quiconque postule à la plus haute charge de l’Etat. Je ne connais pas
beaucoup de pays qui dérogent à une telle règle élémentaire. Et des
expérience nous instruisent suffisamment sur les conséquences de tout
laxisme en la matière, si vous regardez ce qui s’est passé au Pérou avec M.
Fujimori.
Togoforum :
L’exemple ivoirien sur les critères d’éligibilité est encore vivant en
Afrique. Par un sursaut républicain ne serait-ce pas judicieux que la classe
politique règle définitivement ce problème au Togo ?
Mr Gilbert Bawara :
Tous les togolais peuvent briguer la magistrature suprême en respectant les
dispositions constitutionnelles en vigueur. La constitution togolaise comme
toutes les autres au monde est faite pour être respectée. Le cas togolais
est totalement différent de la situation ivoirienne à laquelle vous faite
référence. Il n’est pas interdit au candidat à la fonction de président de
la république de s’être prévalu d’une autre nationalité.
Togoforum : Parce que le cas Olympio refait surface chaque fois
qu’il y a une élection présidentielle au Togo ?
Mr Gilbert Bawara : La constitution togolaise, en l’état actuel, est
très claire sur les conditions d’éligibilité et c’est seulement les juges de
la Cour constitutionnelle qui disposent du pouvoir d’interprétation. Il
appartient à chacun d’être conséquent par rapport aux lois de la république,
qu’on les aime ou non.
Togoforum : Le RPT aussi bien que regorgeant des personnalités
préfèrent toujours les Gnassingbé…
Mr Gilbert Bawara : Non ! Faure n’est pas président du Togo parce
que il se nomme Gnassingbé mais en raison de ses qualités personnelles et
du projet dont il est porteur. Il faut qu’on cesse de donner du Togo
l’imagine d’un pays où s’affrontent politiquement deux familles.
Togoforum : Apparemment c’est ce que les togolais voient
depuis leur indépendance…
Mr Gilbert Bawara : La voix de chaque togolais compte et au RPT on ne
se préoccupe pas en ce moment d’une échéance qui interviendra dans plus
d’une année. Les énergies au RPT sont totalement mobilisées pour aider le
Président Faure, inspirer et soutenir l’action du gouvernement afin que nous
puissions répondre aux besoins et préoccupations réels que les Togolais
expriment. Ce serait indécent, à ce stade, de se distraire sur les questions
de candidature.
Togoforum : Le journaliste que je suis a le droit á la
curiosité et le droit de supposer. En plus il y a les paroles d’honneur non
respectées de feu Gnassingbé …
Mr Gilbert Bawara : Pour le moment, la préoccupation essentielle du
président de la république est de savoir comment lutter contre la crise
alimentaire et la crise énergique au Togo, de résorber le problème de la
hausse des prix de produits de première nécessité, de relancer l’économie
nationale et crée des emplois pour la jeunesse, de trouver des solutions
rapides aux questions de la santé maternelle et infantile ; voilà les
préoccupations essentielles.
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