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Togoforum : La Cour d’Appel de Lomé saisie de la crise qui secoue l’Ordre
National des Architectes du Togo (ONAT) a rendu sa décision le 15 avril dernier
qui confirme l’ordonnance du Tribunal de Première Instance qui vous avait
reconnu comme président légitime de l’ONAT. Monsieur le Président, comment
avez-vous accueilli cette décision ?
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AFODA Da-Blèce Sebou
Président de l'Ordre National des Architecte |
AFODA Da-Blèce Sebou : Merci à votre organe et à l’ensemble des médias togolais. C’est vrai que depuis que nous sommes là, les médias se sont mobilisés. Et grâce à vous la sensibilisation a commencé à prendre dans la masse populaire togolaise. Comment, j’ai accueilli cette décision. Je vous dirai que c’est avec soulagement. Je ne crie pas victoire parce que toute guerre finit par un vainqueur et un vaincu mais au fond tout le monde perd parce que la population togolaise n’avait pas besoin de cette crise là. Actuellement il y a un déficit architectural, on s’attend à ce que les architectes togolais s’attèlent à faire des propositions sérieuses pour le réaménagement de nos villes, de nos quartiers, etc. Mais au lieu de cela, on s’est jeté dans la délation. Donc je suis soulagé que le dossier est vidé. Maintenant, ce n’est pas nous qui sommes partis au tribunal, c’est le camp adverse qui est parti et qui a perdu d’abord en première instance et ensuite en appel. Je pense que nous sommes des intellectuels de haut niveau BAC + 6, chacun doit tirer les conséquences pour qu’on puisse avancer. C’est surtout ça qui importe.
Togoforum : Qu’est-ce qui, selon vous, a joué en votre faveur. Le droit ou y a-t-il eu des pressions comme c’est le plus souvent le cas dans certains dossiers.
A.D.S : Vous savez, en novembre quand ils ont fait appel, j’étais à l’étranger. C’est notre conseil que je tiens à féliciter ici parce qu’il a fait son travail, qui nous a informé de cet appel. Quelques jours après, j’ai vu un mail qui circulait dans notre boîte disant que ça fait quatre fois qu’on m’a appelle et je refuse de partir. J’aimerais dire à tout le monde que moi-même, je n’ai jamais mis pied au tribunal pour la simple raison que le spécialiste que nous avons engagé fait son travail. Et je pense que c’est lui qui va au nom de l’ordre national des architectes du Togo. Donc, je n’ai pas besoin d’amener ma masse physique là-bas.
Aussi, si vous me demandez qu’est-ce qui a joué à ma faveur, je crois que je suis incompétent pour le vous dire. Mais je crois que c’est le droit qui a été dit. La pression, je n’ai pas, comme vous le savez, une pression venant de quelque part. C’est des gens qui ont déclenché une fronde et qui ont géré leur fronde jusqu’au bout. Je n’ai pas connaissance d’une pression de qui que ce soit.
Togoforum : Pensez-vous qu’avec cette décision de la Cour d’Appel, la crise qui secoue l’ONAT depuis un an est définitivement terminée ? Quelles seront les actions que vous aurez à entreprendre pour amener vos détracteurs à écouter la voie de la raison ?
A D. S : Donc, comme je venais de vous dire quelqu’un qui a fréquenté, qui a eu son bac et qui a eu 5 ou 6 ans de formation n’a besoin d’être amené à être convaincu d’une décision de justice. Mais je voudrais aussi vous rappeler que l’ONAT ne m’appartient pas, il n’appartient pas aux détracteurs comme vous les appelez si bien, l’ONAT appartient à l’Etat. C’est une institution qui a été mise en place par l’Etat par une loi. Donc, je pense que une fois que la décision a été prise de reconnaître le bureau élu, ce qui est dans le bon sens en matière de démocratie, je crois maintenant que chacun va tirer les conclusions. Mais si ce n’est pas fait, je crois que l’Etat même qui a mis en place l’Ordre National des Architectes du Togo doit prendre ses responsabilités. Ce n’est pas mon cabinet ici (dans le bureau de l’ONAT où nous l’interrogions) mais je dois avoir les moyens de travailler normalement. Quant aux détracteurs, je crois que depuis le mois de février, j’ai commencé à inviter tous les membres et ils sont là. Ceux qui viennent, on leur fait le point. Ceux qui ne viennent pas, aussi nous le notons. Et je pense que ceux qui viennent sont plus nombreux. Nous pensons donc que chacun doit savoir raison garder pour pouvoir avancer. Nous, on n’économise aucun effort pour parler aux gens. C’est vrai qu’entre la langue et les dents, de temps en temps on se mord mais une fois que c’est fini on doit encore manger pour vivre.
Togoforum : M. le Président, parlez-nous de cette commission ad hoc qui, il n’y a pas longtemps, avait publié un communiqué vous déniant toute légitimité et vous accusant de mauvaise gestion.
A. D. S. Oui mais, est-ce que c’est une commission qui m’a élu ? Je ne suis pas élu par une commission ad hoc. Et cette fameuse commission ad hoc était composée de 26 membres sur 100. Pensez-vous que si je dois écouter une commission ad hoc, qu’est-ce que je dois faire, je dois être vidé à l’ONAT par 26 personnes. Et le lendemain s’il y a 26 autres qui font une autre commission bis. Qu’est-ce que je dois faire ? Ce que je sais de cette commission, c’est qu’elle est illégale et l’illégalité est confirmée par cette décision de la Cour d’Appel. Voilà neuf mois, bientôt un an que cette commission s’est autoproclamée. Elle était malheureusement mal partie parce que sur 100 personnes 26 ne peuvent pas faire la loi.
Il y a eu tapage autour de cette affaire de mauvaise gestion sans qu’on nous dise qu’est-ce qui était à gérer et qu’est-ce qui a été mal fait dans ce sens. Je voudrais vous dire actuellement que le trésorier qui est parmi eux détient tous les chèques. Je dois vous dire également que depuis le 26 juillet 2007, le président n’a jamais été dans une banque pour demander quoi que ce soit concernant l’ordre, mais nous sommes éduqués à partir de notre cellule familiale pour ne pas démissionner devant les difficultés.
Togoforum : Peut-on avoir une idée sur cette affaire de 250 ou 350.000.000 F CFA que vous auriez touché au nom de l’ordre moyennant commission.
A. D. S : Les 350 millions, je l’ai appris sur les ondes et par la presse que j’ai contracté un prêt de 350 millions à ECOBANK-Togo avec une commission de 27 millions qu’on m’a versé. Cher ami, ECOBANK qui est à Lomé, vous êtes les médias et je crois que tous les Togolais peuvent savoir si ECOBANK m’a prêté de l’argent ou pas. Et comment ECOBANK pourrait prêter l’argent à l’ONAT et avec quelle caution ? Nous n’avons rien dans nos comptes. Nos comptes sont à vue, chacun peut aller les vérifier. Mais je sais que dans ma volonté de bien faire, quand je suis venu, je me suis rendu compte qu’il y a des gens qui n’ont pas d’ordinateurs, qui tracent encore à la main alors que d’autres font un travail à l’ordinateur. Ce qui fausse les prestations de chacun. Donc, si on venait à avoir un concours d’architecture comme ça se fait souvent, cela veut dire que quand certains architectes viendront avec des plans à la main, peut-être qu’ils ont les meilleurs plans et d’autres peut-être moins bons avec beaucoup de couleurs et des trucs sortis à l’ordinateur avec de belles voitures, de beau paysage, vous comprenez que cela ne permettra pas de viser ces plans de manière égalitaire. Vous savez que quand vous avez de belles voitures sur un plan, des fois on ne pose plus la question de savoir si le fond répond, on se contente de ce qui brille. C’est ainsi que nous avons déclenché une opération en disant : nous allons faire en sorte que l’ensemble de ceux qui gèrent l’architecture au Togo aient un seul et unique moyen d’expression. Et nous avons par chance eu à contacter un spécialiste des logiciels. Ce spécialiste, je vous confie aujourd’hui est introduit à nous par l’ex-président Grunitzky. Donc quand nous l’avons contacté, nous n’avons pas parlé en cachette. Nous l’avons, le 7 novembre, présenté à l’ensemble des confrères qui étaient à l’Assemblée Générale avec à la clé une démonstration de ce qu’il a à vendre. Donc chacun sait que nous avons contacté quelqu’un. A l’issue de ça, la personne nous a fait des propositions que nous avons ouvert à l’inscription des confrères. Il y a 22 qui se sont inscrits. L’inscription voulait dire quoi : vous allez acheter le logiciel et le matériel informatique qui s’y attache si vous voulez et l’ONAT se charge de négocier auprès des banques en notre faveur. Une fois que c’est acquis, c’est vous qui vous engagez auprès de la banque pour payer. C’est ainsi que nous avons procédé. Tous les documents sont là, vous pouvez les vérifier. Notre rôle se limitait à négocier avec la banque un accord global, mais sur la base d’une inscription des membres. Quand la banque nous a demandé des inscriptions, nous avons ouvert une liste et les gens se sont volontairement inscrits. C’est là où nous étions. Des banques que nous avons contactées : la BTCI, la Banque Atlantique, ECOBANK, c’est ECOBANK qui a accédé à notre demande. Je suis étonné qu’après, l’on dise que nous avons engagé la banque sans l’Assemblée Générale. Tout a commencé à l’Assemblée Générale du 7 novembre 2006. Nous avons les images de cette assise avec la démonstration en présence d’un Belge et d’un Africain.
L’engagement n’a pas été pris parce que la banque nous a envoyé une première liste de conditions que nous avons remplies. Après, elle a ouvert une deuxième liste. En bon fils de commerçant, je me suis dit que je ne pouvais pas m’engager.
Nous avons découvert après que nos amis étaient rentrés dans le jeu, pour contester parce que, comme l’un d’eux me l’a dit, pourquoi chacun doit avoir l’outil informatique ? Il doit y avoir une différence entre les prestations de façon que les uns continuent à bien bouffer pendant que les autres restent affamés. Donc, c’est ceux qui n’ont pas de moyens qui ont perdu. Quand j’ai retrouvé certains d’entre eux dans l’autre groupe, cela m’a fait pitié.
350 millions, ce n’est pas une petite somme. Aucun franc n’a été engagé ni versé. Nous n’avons signé aucun accord avec la banque concernant ce montant. Je vous prends à témoin. Je peux vous signer une lettre pour que vous preniez attache avec ECOBANK pour en savoir plus. Mais je déplore le fait que cette opération n’ait pas été menée au bout et je ne désarme pas de la reconduire. Notre mission, c’était d’engager des réformes et nous le ferons.
Togoforum : Certains, même dans le groupe des ‘’frondeurs’,’ reconnaissent en privé que beaucoup de choses ont changé depuis votre arrivée à la tête de l’ONAT. Quelles sont les innovations apportées et qu’est-ce que vous entendez entreprendre à terme pour marquer votre mandat ?
A. D. S. Des innovations, il y en a eu beaucoup. L’ONAT était dirigé à la façon d’un pilotage à vue. C’est notre Secrétaire qui se chargeait de tout à la façon d’une mère de famille. Nous avons dit non : l’ONAT après 17 ans est une personne adulte, on ne peut la laisser comme cela en l’air. Ça c’est d’un.
Deuxièmement, nous avons engagé un conseiller juridique à qui nous avons remis tous nos textes afin qu’il nous dise ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. En troisième lieu, nous avons jugé que le fait que les dessinateurs fassent le boulot à notre place parce qu’il manque un document : la carte professionnelle n’est pas bon. C’est ainsi que nous avons corrigé cette lacune en instituant une carte professionnelle de membre puisque l’article 70 de nos statuts la prévoit. Je vous dis aujourd’hui que sur les 100 personnes, il y a 74 qui en ont fait. Les autres font partie des frondeurs. Je ne sais pas ce dont ils avaient peur en ne faisant pas la carte professionnelle. Ensuite, nous avons commencé à regarder de près sur quoi vit l’ordre. Nous nous sommes rendus compte que certains membres de l’ordre ne cotisaient pas. Le cas le plus criard c’est celui d’un de nos membres qui, sur les 700 et quelque milles francs en 2005, n’a versé que 5.000 F, mais qui bénéficie du téléphone, du mail, du courrier de l’ordre. Dès que nous avons commencé à interpeller cette personne, elle est rentrée dans l’autre camp. Nous nous sommes rendu compte que la communication était mauvaise : on faisait du courrier sur des papiers à n’en pas finir. Et nous avons décidé désormais de communiquer par mail. Nous avons aussi changé l’image de notre Assemblée générale. Avant, lors de certaines Assemblées Générales, les gens se retrouvaient entre 15 et 25 personnes. Certains souhaitaient qu’il ait au moins une Assemblée générale par an. Mais au moins, il faut qu’il ait le quorum. Désormais, nous avons décidé que pour prendre des décisions au cours d’une Assemblée Générale annuelle, il faut atteindre le quorum. Le 17 novembre, nous étions 47, ce qui fait un quorum à la majorité simple.
Il y avait aussi un esprit qui traînait ici, c’est que les autorités politiques n’aimaient pas l’ONAT. Nous avons pris notre bâton de pèlerin pour rencontrer le ministre de tutelle, ce que les autres avaient des difficultés à faire. Nous avons été reçus par l’ensemble des trois responsables du pouvoir politique ; M. Edem Kodjo, M. Agboyibo et M. Mally nous ont reçu. Nous avons rencontré plusieurs fois le Président de l’Assemblée Nationale qui nous a prêté main forte. Enfin, le Chef de l’Etat de l’Etat nous a reçu et il y a eu une décision importante le 5 Avril 2007 qui instruisait la population sur le permis de construire, sur son insistance. Le clou de cette affaire, c’est que nous avons refait les fiches du permis de construire. Les fiches actuelles datent de plus de 30 ans et ne sont pas normales. Dès que vous faites un projet d’architecture, vous êtes à un stade qui s’appelle l’avant-projet embryonnaire. C’est en ce moment que vous demandez le permis de construire. L’Etat peut refuser. Vous n’allez pas faire un dossier et engager déjà un tâcheron avant d’aller au permis. C’est la simple logique. Or l’ancienne fiche comporte des éléments comme le nom du tâcheron. N’ayant pas atteint le stade ou l’Etat vous autorise à l’entreprendre les travaux, comment pouvez-vous engager un tâcheron ? Pour faire la nouvelle fiche, nous avons réuni tous les acteurs qui approuvent le permis de construire : les mairies, le ministère des travaux publics, l’urbanisme, les sapeurs pompiers et le ministère de la santé. C’est ensemble que nous avons dressé cette fiche qui, malheureusement n’est pas encore en application. Voilà de façon ramassée l’ensemble de ce que nous avons pu faire dans le laps de temps qui nous est dévolu. Il y a aussi la représentation au niveau de l’Union des Architectes Africains, au niveau de l’UEMOA où nous sommes le principal acteur de la libre circulation des architectes dans les pays de cette zone. C’est un dossier très avancé qui a été approuvé en conseil des ministres. En ce moment, près de la moitié des membres de l’ordre sont ceux qui construisent Ouaga et le Bénin. Nous faisons en sorte que ce soit officiel plutôt que ce soit des engagements clandestins. Au niveau des Architectes Africains nous sommes très dynamiques et nous sommes d’ailleurs invités en Egypte. Nous étions inscrits à l’Union Internationale des Architectes, mais nous n’avions pas payé notre quote-part. C’est désormais réglé et nous comptons bientôt faire un point de presse pour l’annoncer.
Lomé est comme Oxford en Angleterre qui abrite une des plus grandes Université d’Architecture, grâce à laquelle cette ville a un cachet particulier en matière d’architecture. Lomé abrite l’EAMAU mais cela n’a pas encore créé un impact et nous sommes encore dans un déficit architectural. Cela dépendait des relations entre l’Ordre et l’Ecole d’Architecture. Désormais, nous sommes en communication et un accord de partenariat de proximité est né entre les deux institutions. Ça va clarifier nos relations parce que nous sommes l’institution nationale et l’EAMAU une Ecole de Formation dont l’appui peut aider l’Ordre des Architectes du Togo. Beaucoup de membres de l’ordre enseignent là-bas. Il faut qu’on mette cela de façon systématique sur papier pour clarifier nos relations.
Pour terminer, nous représentons l’ONAT partout au besoin est, officiellement. Vous nous voyez dans les célébrations, l’Etat nous invite comme la dernière fois à l’ouverture de la première session de l’Assemblée Nationale. C’est tout un honneur pour nous. Enfin, vous savez nous avons un programme qui a été un peu bloqué par la crise, mais pas elle seule. C’est surtout par les élections législatives. Notre projet était de ventiler les architectes sur l’ensemble du territoire. Cela va d’abord passer par une sensibilisation, de Lomé à Cinkassé. Ainsi, les préfectures bénéficieront de la présence d’une liste d’architectes qu’on peut appeler pour étudier les permis de construire qui sont déposés. Il faut qu’on rentre dans la matière de décentralisation qui veut que les compétences se diffusent partout. Voilà un peu les choses. Mais on a certainement des choses qui sont devant nous. Ma mission s’est élargie depuis que le gouvernement a interpellé les Géomètres et les Architectes pour réfléchir ensemble sur le réaménagement des villes togolaises en rapport avec l’aménagement de nos villes qui sont bloquées depuis un certain temps. J’ai l’honneur de présider la commission qui a été mise en place pour mener à bien cette réflexion. C’est une grande mission. Des bâtiments sont en train d’être construits sans permis. Donc la sensibilisation doit continuer avec les médias.
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