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Le Dr Amah Gnassingbé |
Togoforum : M. Amah Gnassingbé, votre absence au 2e congrès
statutaire de l’UFC tenu les 18 et 19 juillet derniers à Lomé a surpris plus
d’un togolais qui attendait de vous voir relever le défi en participant à ce
congrès et en vous faisant élire à la place de Gilchrist Olympio puisqu’il n’y a
pas longtemps, vous déclariez que vous êtes plus UFC que Gil parce que vous
étiez membre fondateur du parti et le vrai détenteur du récépissé.
Le Docteur
Amah Gnassingbé :
Vous savez, ce n’est pas parce qu’on est membre fondateur d’un parti et vrai
détenteur du récépissé qu’on doit nécessairement en être le Président. Et mon
intention n’a jamais été de me faire élire à la place de M. Gilchrist Olympio.
S’il pouvait en être ainsi, je ne serai pas en train de travailler ici et le
maintenir président durant tout le temps où il lui était impossible de rentrer
au pays sans craindre pour sa vie.
Je refuse tout simplement que l’UFC soit l’otage d’une minorité qui se croit
plus intelligente et qui instrumentalise tout un peuple au gré de leurs
intérêts.
Mon absence au soi-disant 2e congrès
ordinaire n’est que la preuve du degré élevé de cynisme de cette minorité
dirigée par Gilchrist lui-même, minorité qui considère l’UFC comme leur
entreprise personnelle et les autres militants comme leurs métayers.
Togoforum :
Quelles peuvent être les raisons de votre absence à ce rendez-vous ?
Amah Gnassingbé :
Je
n’ai reçu ni une convocation ni même une invitation pour ce congrès. Vous savez,
après la signature de l’APG, et quand il s’était agi de former le gouvernement,
l’UFC, consciente du fait que le régime RPT n’accepterait jamais lui confier la
primature, a décidé lors d’une réunion convoquée à cet effet, de participer au
gouvernement quelles que soient les conditions. L’objectif étant de préparer les
élections législatives anticipées à venir. Depuis cette décision, certains
membres du Bureau National du parti, forts des relations personnelles
clandestines qu’ils entretiennent avec certaines sommités du parti au pouvoir
avaient commencé par négocier, contrairement à cette position officielle du
parti, le poste de Premier Ministre.
Déçu par la nomination de Me Agboyibo à la primature, ce groupuscule voulait
étendre sa déception à l’ensemble du parti, allant jusqu’à vouloir changer la
ligne de conduite que nous nous sommes ensemble donnés. C’est là où je n’avais
pas partagé les termes malpropres dans lesquels Gilchrist avait réagi à la
nomination de Me Agboyibo ; car c’était une victoire pour l’opposition en
général. Cette situation a conforté ma conviction selon laquelle non seulement
le Président National, compte tenu du fait qu’il ne réside pas au pays, est
constamment manipulé par quelques individus qui seuls savent ce qu’ils
cherchent, mais aussi qu’il a du mépris pour ma personne.
Sinon comment comprendrait-on qu’en tant que 2e vice-président,
qui de surcroît est appelé à assurer l’exécution des décisions du parti, en
l’absence du Président et du 1ervice-président,
M. Olympio n’ait pas daigné m’informer personnellement sur une quelconque
modification qu’il était en train de faire intervenir dans la ligne politique du
parti ?
C’est malheureusement sur les médias que j’ai appris sa réaction comme tout le
monde.
J’avais donc décidé de me conformer, par ma participation au gouvernement
d’alors, à la position du parti.
Suite à cela, j’avais reçu une note de suspension, note que je n’avais même pas
déchargée. Mais il n’a jamais été question de mon exclusion du parti d’autant
plus que seul le congrès est habileté à le faire.
Ce qui est regrettable c’est que notre situation n’a même pas été évoquée à ce
congrès ; ce qui est une mesquinerie qui ne dit pas son nom, un complot contre
la personne d’Amah Gnassingbé. S’ils ne l’ont pas fait, c’est tout simplement
parce qu’ils ont conscience que le congrès trancherait en ma faveur. Loin de me
faire mal, tout ceci vient exposer à la face du monde, de quoi sont capables
ceux qui s’érigent en donneurs de leçon de démocratie et experts en bonne
gouvernance.
Togoforum :
Aujourd’hui, on peut dire que le pont est définitivement rompu entre vous et l’UFC
puisque, non seulement vous n’avez pas assisté au congrès, mais aussi le poste
de 2e vice-président que
vous occupiez a été attribué à un autre. Confirmez-vous cela ?
Amah Gnassingbé :
Ce
n’est pas parce que je n’avais participé à un congrès organisé par la bande à
Gilchrist Olympio, que je ne suis plus membre de l’UFC. Ce n’est également pas
le poste de 2e vice
président au sein d’un bureau dirigé par un dictateur comme Gilchrist Olympio
qui fait de moi le militant convaincu et combattant de la démocratie que tous
les Togolais connaissent. Je suis et je demeure membre fondateur de l’UFC mais
d’une autre tendance. C’est-à-dire celle qui est soucieuse des intérêts du
peuple togolais qui veut travailler dans l’unité, la justice en disant partout
la vérité. A ce propos, j’ai déjà saisi par courrier le ministère de
l’Administration Territoriale. Quant à ces tenants de la tendance radicale, qui
baignent intentionnellement dans un extrémisme nuisible et destructeur, je
voudrais leur dire que je les considère désormais comme des ennemis du peuple
togolais et de la République toute entière jusqu’à ce qu’ils comprennent que le
développement de la nation togolaise et le bien-être du peuple doivent passer
avant leurs intérêts égoïstes qu’ils tentent en vain de cacher sous un
soi-disant nationalisme.
Togoforum :
Au
regard de ce qui s’est passé, beaucoup pensent que ce 2e congrès
de votre parti vient de signer votre mort politique. Que leur répondez-vous ?
Amah Gnassingbé :
Mon objectif de contribuer à faire du Togo un pays fort et prospère n’est pas
encore atteint pour que j’abandonne le combat. Comme je l’ai dit tantôt, je suis
de la tendance de l’UFC qui pense que le radicalisme aveugle et suicidaire n’a
plus sa raison d’être dans le débat politique aujourd’hui ; et la plupart des
militants sont du même avis. C’est donc dans cette logique que je continuerai ma
lutte jusqu’à l’instauration complète de la démocratie et l’Etat de droit sur la
Terre de nos Aïeux.
Togoforum :
Vous aviez entre temps menacé d’arrêter M. Gilchrist Olympio et le traduire en
justice sous prétexte qu’il n’était pas membre fondateur du parti et de ce fait
détenteur du récépissé de l’UFC. Maintenant que les choses semblent rentrer dans
l’ordre avec la confirmation de Gil à la tête du parti, qu’allez-vous faire
maintenant ou en tout cas, quelle sera votre marge de manœuvre ?
Amah Gnassingbé :
J’avais brandi cette menace parce qu’il a violé la loi du 12 avril 1991 portant
charte des partis politiques en son article 10 alinéa 4 qui stipule que « nul
ne peut être fondateur d’un parti s’il ne réside sur le territoire national ».
Donc, nul n’est au-dessus d’une loi. En outre, lors de la signature de l’APG,
c’est à moi qu’il revenait en tant que 2e vice-président
et chef de la délégation de mon parti au dialogue intertogolais d’apposer ma
signature mais à la surprise générale, c’est plutôt M. Eric Amerding conseiller
et beau frère de Gilchrist Olympio qui a été expressément invité à le faire.
Togoforum :
Le
congrès, après deux jours de travaux, a procédé au réaménagement des textes
fondamentaux et au renouvellement des organes de direction. Quel regard
portez-vous sur les nouvelles instances dirigeantes du parti notamment les
hommes et les femmes appelés à défendre les idéaux du parti ?
Amah Gnassingbé :
A
ma connaissance les textes de l’UFC sont demeurés intacts à part quelques
réaménagements mineurs.
Quant aux hommes et femmes désignés par M. Olympio pour animer les instances
dirigeantes de sa tendance, je n’ai aucun jugement à porter sur leur personne.
Je regrette seulement que ce soit les mêmes têtes qui sont revenues et que la
promesse de permettre aux jeunes à faire leurs preuves n’a pas été tenue.
Pourtant le parti en regorge beaucoup.
Si nous avons utilisé le mot ‘’désigner’’, c’est parce que je sais que ces
messieurs n’ont jamais été élus. Ils font tout simplement partie d’une liste que
le grand patron a soumise à l’acclamation des congressistes. Ceux qui ont osé
lever leurs petits doigts contre cet état de chose ont été immédiatement
muselés.
Vous voyez donc combien les prétendus démocrates ont peur de la démocratie. Elle
fait mal.
Togoforum :
L’une des décisions que nous pouvons qualifier d’importante a été la désignation
de M. Gilchrist Olympio comme candidat du parti à la présidentielle de 2010. M.
Amah Gnassingbé, cette décision vous surprend-elle ? Si oui ne pensez-vous pas
que l’annonce de cette candidature est prématurée si l’on sait que beaucoup
reste à faire notamment sur le plan des réformes constitutionnelles et
institutionnelles pour l’annonce d’une candidature fut-elle de l’UFC ou d’un
autre parti politique ?
Amah Gnassingbé :
Connaissant bien M. Olympio, l’annonce de sa candidature ne m’a guère surpris.
Je le voyais venir depuis.
Je savais qu’il allait encore vouloir tenter sa chance vu la décrispation
politique qui s’observe dans le pays.
Seulement s’il l’a annoncé si tôt, c’est tout simplement pour taire les
velléités imminentes de candidature dans son propre camp car beaucoup sont les
militants qui pensent aujourd’hui que M. Gilchrist Olympio a fait son temps.
En ce qui me concerne, j’estime qu’il serait préférable que l’on s’assure que
les réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues par l’APG soient
effectives. Ce qui rendrait les conditions plus favorables avant l’annonce de
toute candidature.
Togoforum :
Monsieur Amah Gnassingbé, comment expliquez-vous le fait que malgré tout ce que
vous avez fait pour le parti et ceci au risque de votre vie, les congressistes
n’ont pas daigné vous accorder une place de choix comme ils l’ont fait pour M.
Emmanuel Akitani-Bob en lui adressant une motion spéciale de félicitations et de
remerciements pour les loyaux services rendus au parti. Ce silence ne frise-t-il
pas, comme l’a laissé entendre un observateur de la politique togolaise, du
mépris ?
Amah Gnassingbé :
Je
ne suis d’ailleurs pas le seul, toute ma tendance a également œuvré pour la
bonne marche du parti. C’est le cas par exemple de M. Antoine Bodjona qui, au
risque de sa vie, avait énormément contribué à l’implantation du parti dans la
partie septentrionale du pays, plus précisément dans la région de la Kara au
plus fort de la répression contre les partis politiques de l’opposition et qui
est aujourd’hui traité de tous les noms d’oiseaux depuis que le problème de mon
entrée au gouvernement s’est posé. Il en est de même pour M. Issa qui a œuvré
pour l’implantation du parti dans l’Assoli.
Comment des gens qui, pour un rien du tout, arrivent à balayer d’un revers de
mains tout le travail abattu par des militants convaincus pourront-ils gérer
comme cela se doit les ressources humaines dont ils disposent lorsqu’ils
seraient amenés à prendre le pouvoir un jour ?
Togoforum :
Avez-vous un message particulier à adresser à vos ex-compagnons de lutte et
toute la population ?
Amah Gnassingbé :
A
ces messieurs dont l’ambition aujourd’hui est de se servir de l’UFC pour
satisfaire leurs intérêts personnels et qui instrumentalisent la population à
cette fin, je dirais d’arrêter cette machination car le peuple a trop souffert
et a donc besoin de connaître un peu de joie et de prospérité. Nous disons à
tous les militants de l’UFC que un adversaire politique n’est pas un ennemi,
c’est pourquoi nous pensons que nous devons toujours continuer à travailler dans
l’unité, rechercher la justice et dire la vérité.
Au peuple togolais dans toutes ces composantes, je voudrais demander de garder
courage car il y a une raison d’espérer. |