Colonel Toussaint Bitala MADJOULBA assassiné le 4 mai 2020

Chères autorités togolaises, chers cadres et chères autorités traditionnelles de la préfecture de Doufélgou,

C’est avec nos cœurs saignants et nos âmes meurtries que nous, fille et fils Nawda, venons vers vous avec des questions qui nous tourmentent chaque jour que Dieu fait. depuis le début de l’année 2020, le plus grand malheur, la crise sanitaire COVID-19 qui s’est abattue sur le globe terrestre a fait beaucoup de victimes partout dans le monde entier y compris le Togo.  Mais chez nous au Togo en général et dans la communauté Nawda, des assassinats et des accidents mystérieux sont venus compléter le bouquet, nous plongeant dans un deuil sans fin.

Son Excellence Monsieur le Président de la République et Chef Suprême des armées togolaises, Faure Essozimna GNASSINGBÉ,  permettez-nous de vous rappeler qu’à la mort de notre frère colonel Toussaint Bitala MADJOULBA assassiné dans la nuit du 3 au 4 mai 2020, dans son bureau au  camp BIR, l’unique fois où vous aviez daigné prendre la parole à ce propos, vous aviez promis aux Togolais en général et aux Nawdba en particulier, d’ouvrir une enquête urgente sur ce dossier et que les auteurs de cet assassinat seront poursuivis et jugés selon la loi. Nous tenons à vous le rappeler car votre silence éloquent nous fait vivre dans un deuil perpétue. Nous vous demandons de nous accorder cet insigne privilège d’enterrer notre frère selon les rites de nos ancêtres Nawda, afin de pouvoir sortir de notre deuil et pour lui permettre de rejoindre ses ancêtres.  

Cet assassinat avait été suivi quelques jours plus tard, d’un accident mystérieux où uniquement notre frère Nawda, le Colonel Bataba Gandah Soklema avait trouvé la mort et jusqu’ á présent personne ne connaît la cause réelle de cet accident. Il y a bientôt deux ans et cet accident n’a pas encore été élucidé.
 
Le 26 septembre 2020, des forces anti-COVID-19 arrivent sur les lieux de célébration des rites traditionnels de santem dans le canton de Koka. Elles déversent sur la population présente, une barbarie inouïe. C’est alors que tombent sous des balles, Lakou Tora GNANSA et Gbema Antoine KOUSSANTA, comme s’ils avaient été dans une zone de guerre. Il eut aussi des blessés par balles : certains sont paralysés et d’autres portent des cicatrices. Tous étaient aussi des Nawdba. Nous approchons aussi du deuxième anniversaire de cet incident et le voile n’est toujours pas levé sur ceux qui ont envoyé les forces armées et ont donné l’ordre de tirer sur la population.

Son Excellence Monsieur le Président de la République et Chef Suprême des armées togolaises et ex-ministre de la Défense, Faure Essozimna GNASSINGBÉ, pouvez-vous vous imager un instant l’anxiété dans laquelle vit le peuple togolais et le cauchemar quotidien du Nawda ? Est-ce voulu par vous qu’il en soit ainsi ?

Les cérémonies de deuil en général et en particulier chez les Nawdba sont faits non seulement pour honorer le défunt mais aussi pour soulager psychologiquement tous ceux á qui il était cher. Pouvez-vous imaginer rien qu’un instant, le fardeau psychologique que nous les Nawdba transportons depuis le matin du 4 mai 2020 ?

Son Excellence Monsieur le Président de la République et Chef Suprême des armées togolaises et ex ministre de la défense, Faure Essozimna GNASSINGBÉ, votre mutisme face á ce fardeau qui pèse très lourd sur notre moral nous laisse perplexes et nous nous demandons ce que nous avons fait pour mériter un tel traitement qui s’apparente à une punition sans fin.

Oui Monsieur le président, c’est une punition doublement cruelle car c’est après les cérémonies funéraires “ rébe”, la fin officielle d’un deuil Nawda qui a lieu généralement deux á trois ans après l’enterrement que le Nawda peut sortir de deuil. Tant que ces rites ne sont pas faits, il demeure en deuil. Pouvez-vous comprendre que sans l’enterrement officiel de notre frère le Colonel Toussaint Bitala MADJOULBA, vous avez décidé de nous maintenir dans un deuil perpétuel ?

Où êtes-vous, nos frères cadres Nawda qui vous rendîtes précipitamment á Niamtougou lorsque nos parents, dépassés par ce crime ignominieux et qui, par clairvoyance anticipaient cet enlisement éternel et ce blocus total des cérémonies funéraires de leur digne fils, s’étaient levés comme un seul homme pour réclamer son corps afin de l’enterrer dignement suivant nos rites ancestraux ?

Nous avions cru á l’époque qu’après avoir calmé nos parents en rage devant cette atrocité cruelle, vous œuvreriez pour ramener le corps de notre frère Bitala á Siou pour qu’il soit enterré dignement suivant nos traditions. Dites-nous chers frères, ce qui est arrivé réellement au corps de l’un des rares braves, vaillants et respectables hauts officiers Nawda que notre pays a pu former depuis son accession á l’Independence en 1960. Vous nous devez cette réponse. Sinon, les Togolais et en particulier les Nawdba seraient en droit de penser, de supposer que votre mission à Doufèlgou était toute autre.

Auriez-vous par hasard usé de ces techniques de division consistant á faire croire á nos parents que ce deuil, pourtant national, ne concerne que Siou et même pire, qu’il est une affaire des Madjoulba seuls, disloquant ainsi cette solidarité des Nawdba pour qui le deuil est une affaire de tous ?

Son Excellence Monsieur le Président de la République et Chef Suprême des armées togolaises Faure Essozimna GNASSINGBÉ, qui autorisera le Colonel Toussaint Bitala MADJOULBA de rejoindre officiellement nos ancêtres et quand ? Et vous nos frères cadres Nawda, que comptez-vous faire pour que votre frère, notre frère, ce fils du Togo, ce haut dignitaire de l’armée togolaise, retrouve sa place auprès de nos ancêtres ?
Toutes ces questions restent posées !

Le Dr. Isidore Wasungu
Le Dr. Isidore Wasungu