Le 26 Septembre 2020, les nommés Kossa Bakoma, Alanda Bakoubayi et Boutoma Souguebéna ont été arrêtés à Koka.

Ils ont passé une nuit à la gendarmerie et transférés le lendemain à la prison civile de Kara où ils sont détenus jusqu’ici sans inculpation ni jugement. Toutes les démarches faites en vue de leur libération sont restées sans suite malgré les multiples promesses de les libérer.

Rappel : Des militaires et non des policiers, des bérets rouges venus du camp Landja de Kara, ont causé la mort par balles de Gnansa Torra Lakou et blessé plus de 22 personnes dont le vieux Tasseba Komi qui a eu le bras fracturé. Ils ont grièvement blessé à la tête Koussanta Antoine qui est resté dans un coma profond pendant des semaines. Revenu à la vie, il a perdu le langage et mange à peine et il est à craindre que son existence ne soit plus viable. Avec d’autres personnes qui s’y cachaient, Koussanta se trouvait dans une chambre dont les militaires ont défoncé les portes pour y faire exploser des gaz, apparemment pour étouffer ses occupants.

A leur arrivée et sans sommation, les bérets rouges ont commencé par tirer des gaz lacrymogènes et des balles réelles, pour mettre fin, semble-il, aux rites d’initiation au sacerdoce en pays Nawda, le Santm (ou le Saindm selon la prononciation Siou) dont l’apothéose était ce samedi 26 Septembre 2020. L’intervention des bérets rouges fut très brutale et sans justification. Dans la débandade et dans le désordre total, 2 enfants sont tombés dans un puits et sauvés de justesse. Après le départ des militaires, les jeunes de Koka en colère, se sont attaqués aux biens du chef canton de Koka, M. MADJALWA Mafadiba qui, entre-temps, a pris la fuite pour sauver sa peau.

Les trois détenus n’étaient que de simples spectateurs. Selon ce que rapportent des “témoins”, le nommé Kossa qui est de Baga, était dans les environs après avoir déposé sa femme malade au dispensaire de Niamtougou. Sa moto étant tombée entre-temps en panne, il l’aurait amené chez le réparateur et s’y trouvait lorsque les incidents ont déclenché et que tout le monde a fui pour se mettre à l’abri. Plus tard, croyant que les hostilités avaient pris fin, Kossa revint chercher sa moto. C’est alors qu’il a été apostrophé par un béret rouge. Il aurait pu fuir mais volontairement, puisqu’il ne se reprochait rien, il se dirigea vers le militaire qui l’accueillit avec des coups et l’embarqua sans ménagement. Les 2 autres, bien que de Koka, ne sont aucunement proches des organisateurs ni des initiés Santba.

Alanda Bakoubayi a été pris dans une cuisine où il avait trouvé refuge avec une vieille dame dont les militaires eurent pitié, certainement à cause de son âge.

Quant à Boutoma Souguebéna, il lui est reproché d’avoir été en possession de la pointe d’une flèche artisanale. Ses camarades disent que l’intéressé venait de trouver ladite flèche dénudée sur les lieux de la manifestation et qu’il disait devoir lui trouver un tube et une encoche. Aussi naïf que Kossa, Boutoma Souguebéna ignorait qu’une simple flèche sans arc était une arme de guerre contre des militaires armés. Il ignorait peut-être aussi qu’il fallait fuir plutôt que de faire confiance et d’approcher ces bérets rouges du camp Landja de Kara dont on connaît bien la méchanceté depuis le temps d’Ernest Gnassingbé.

Pourtant, chez les Nawdba, les Yaka, les Lamba et les Kabyè, l’arc et la flèche, la hache et même les couteaux font partie des accoutrements dans les rites et danses traditionnels. Dans les traditions africaines en général, enfants, femmes, jeunes et vieux dansent autour de ces instruments sans s’inquiéter. Aussi, Aucune loi n’interdit d’être en possession d’une flèche avec ou sans arc.

Il est vrai que cette année 2020, et à cause du CORONAVirus et par respect des mesures sanitaires, les fêtes, rituels et cérémonies traditionnelles ont connu leurs versions des plus réduites : Les Evala de la Kozah dont on connaît le faste habituel ont été célébrés sur la pointe pieds, mais il n’y a pas eu d’intervention policières ou militaires. Pas plus que ces militaires ne sont intervenus à Siou, ou à Baga où ce même jour on célébrait sans souci la longue vie d’une vieille dame qui venait de casser la pipe. Il semble qu’à Koka, il s’agit d’un excès de zèle manifesté par le chef du canton, Monsieur Madjalwa Mafadiba et ses notables Sagou Wawoura, Tikpago Tanida et Dakomga Laurent dit RPT.

Le Chef Madjalwa a voulu outrepasser ses prérogatives de représentant de l’autorité politique centrale pour légiférer sur celles des dépositaires des us et coutumes ancestrales des Nawdba, donc sur celles des Gotiba, des Santba en formation et dont justement ce 26 Septembre 2020 était l’apothéose. Le chef Madjalwa, pour des raisons que lui seul connaît, le Santm ne devait pas avoir lieu à Koka en 2020. Il s’est alors installée entre les Gotiba et le chef canton une animosité sans nom. Normalement, après le Saindm de Siou, cela devait être le tour de Koka de faire son Santm avant Baga et Niamtougou. Le tout devait finir avant la rentrée scolaire. Fatigué d’attendre Koka, Baga décida de célébrer son Santm. Les notables de Koka et de Niamtougou décidèrent alors de prendre leur responsabilité face au refus du chef canton de Koka de respecter les us et coutumes. Ceci explique que le 26 Septembre 2020 se déroula le Santm simultanément à Koka et à Niamtougou.

Dans la matinée du 26 Septembre, certainement alertés par des taupes zélés, ces désoeuvrés et oisifs de berets rouges ont tenté de stopper la fête à Niamtougou. Mais les jeunes, très vigilants avaient déjà mis des baricades à plusieurs points d’entrée à la ville, selon des témoins. Ils durent replier sur Kara pour revenir dans l’après midi à Koka, appélés, comme ils l’avoueront eux-mêmes, par les autorités locales.

Rappel historique : Beaucoup ne le savent peut-être pas : Les Nawdba n’avaient jamais de chef unique. La chefferie unicéphale est apparue avec la colonisation. Les Nawdba étaient dirigés par des collèges de sages appelés Gotiba. 

Liste des victimes du 26 Septembre à Koka :

  • Tasseba Komi
  • Santa Malana
  • Alagbo Egnonvi
  • Korga Baguissoga
  • Koulinté Bassagou
  • Koulinté Gouta
  • Siwaya Amina
  • Batadja Kpamsa
  • Tademana Alain
  • Simdjama Thierry
  • Koubaloguebena Homnaka
  • Ganda Koumada
  • Bakolde Bariwkpadgou
  • Santa Abidé
  • Tarnoa Séraphin
  • Koula Ganda
  • Birregah Flore
  • Atongnata Assou Jean
  • Bagnanga Edmond
  • Kaamsa Dahaba
  • Bafèna Petit
  • Gnansa Torra Lakou (tué par balles)
  • Gnantara Djafèya (maison incendiée par gaz lacrymogènes)
  • Litoguina Mathieu
  • Koussanta Antoine
  • Alanda Bakoubayi Pascal
  • Koumada Alphonse
  • Kossa Bakoma
  • Boutoma Souguebéna

Erratum : Celui qui a été pris dans la cuisine s’appelle Alanda Bakoubayi Pascal et non Koumada Alphonse. Ce dernier est un des blessés.

Par Mathias Akoulansa